Discours de Zaynab (a) à Koufa

De Wiki Shia
Aller à : navigation, rechercher
Mausolée de Sayida Zaynab (a) en Syrie

Discours de Zaynab (a) à Koufa (en arabe: خطبة زينب في الكوفة) est le sermon qu'elle adressa aux gens d’Al-Koufa qui s’étaient rassemblés pour voir le convoi triste venant de Karbala et conduit vers le palais d'Oubeidallah Ibn Ziyâd.

Zaynab (a) et les gens de Koufa

Koufa fût la capitale de l’Irak et celle de l’Imam Ali (a). Cette ville fut aussi le lieu de résident des partisans et amis de l’Imam Ali (a). Zaynab (as) y vécut en tant que fille du Calife. Les femmes avaient l’habitude de la saluer par les titres de « fille du Commandeur des croyants » et de « fille du Prophète d’Allah (p.s.l). » Elle était une figure extrêmement respectée par les habitants.

Mais le jour d’après Karbala, elle y fut emmenée en tant que prisonnière. Ceux qui l’ont toujours respecté l’observèrent avec douleur et tristesse. D’autres, qui jadis l’honoraient, firent preuve d’une grande cruauté à son égard. Elle était assise sur le dos d’un chameau sans selle. Au lieu de ressentir du remord et des regrets après l’assassinat du petit-fils du Prophète (a), ils étaient en train de célébrer ce crime dans la liesse et la réjouissance.

D’un côté il y avait cette masse au comportement si inhumain, et de l’autre il y avait la souffrance de ces femmes assises sur des chameaux non sellés et précédées par les têtes de ces êtres chers, accrochés sur les lames des lances. Un groupe d’enfants assoiffés tentaient tant bien que mal de rester debout et l’Imam As-Sajãd (a), enchaîné et attaché, terminait cette macabre procession : au-dessus d’eux il y avait des hordes de spectateurs qui tournaient en dérision cette scène pathétique et cruelle.

Y’a-t-il quelqu’un qui a songé de se mettre à la place de Zaynab (a) afin de toucher du doigt la violence de sa condition ? Ce n’est pas une tâche aisée que de relever la tête et de délivrer un sermon lorsque qu’on se trouve isolée et écrasée sous le poids d’une telle calamité.

Pour être efficace, un discours doit être prononcé dans certaines conditions : l’orateur ne doit être soumis à aucune une tension mentale mais être dans un état de sérénité. Il ne doit pas être tourmenté par la soif et la faim et encore moins être submergé par la tristesse et la douleur. Aucune de ces conditions n’était remplie ce jour-là. La faim et la soif de l’oratrice avaient atteint son paroxysme et elle était sujette à toutes sortes d’émotions et de contraintes physiques. Les enfants pleuraient et l’atmosphère pleine d’hostilité. Le regard de chaque spectateur était rempli de haine. Mais elle avait hérité de son père son éloquence et son autorité. Aussi, lorsqu’elle commença à s’adresser au public, elle parvint à toucher les cœurs des plus rudes des assassins. Ses mots pénétrèrent le cœur de l’auditoire comme un couteau dans la chair et leurs yeux furent bientôt humides. Les gémissements devinrent des lamentations, des larmes et des cris.

Discours de Zaynab (a)

Lorsqu’elle se décida à parler, un seul de ses signes figea tout le monde, aussi bien les hommes que les animaux.[1] Son aura, sa passion, sa domination, son autorité sur cet univers malgré toutes ces épreuves mais surtout son recul et son contrôle faisaient d’elle une personne au-dessus de tous les éloges. Elle entama alors cet incroyable sermon :

" Louange à Allah à qui nous dédions toutes nos prières et que la bénédiction soit sur mon père, Mohammad (p.s.l), et sur sa descendance immaculée.

Ô, peuple de Koufa, ô peuple de la duperie et de la trahison, vous vous lamentez pour nous ! Que jamais ne tarissent vos larmes, que jamais ne se taisent vos supplications. Vous êtes semblables à celle qui défait le fil de son fuseau après l'avoir solidement tordu.

Vous avez cru au Saint Prophète (p.s.l) mais vous avez vous-même trahi votre engagement. Car, vous considérez vos serments comme un sujet d’injure entre vous. Il n’y a parmi vous que des courtisans, vaniteux, vicieux, orgueilleux et cruels. En réalité, vos agissements ne relèvent que de la flatterie de servantes à maîtresses et vous médisez en cachette comme des ennemis. Vous êtes telle une végétation sur un marécage, une prairie sur un fumier, un ornement d’argent sur un tombeau. Vos paroles sont pleines d’éclats mais vos actes sont détestables. Le mal que vous avez commis causera votre perdition et certainement le courroux d’Allah s’abattra sur vous et vous demeurerez éternellement dans le châtiment.

Vous pleurez alors que vous avez décimé de vos propres mains nos bien-aimés. Pourquoi donc gémissez-vous ? Par Allah, vous devriez pleurez abondamment et rire peu. Par ce crime et votre trahison vous ne récolterez que disgrâce et discrédit. Jamais vous ne vous débarrasserez de cette souillure. Jamais vous ne parviendrez jamais à laver cet affront : celui de l’assassinat du fils du Sceau des Prophètes (p.s.l), le chef de la jeunesse du paradis, le refuge des meilleurs d’entre vous, l’espoir de ceux qui vivent dans l’oppression, le phare des preuves d’Allah et le guide de la Sunna. Qu’Allah vous châtie pour votre horrible méfait.

Désormais vos efforts seront vains, vos mains vont se flétrir, vos transactions vous conduiront à votre chute. Vous encourez la punition d’Allah et vous serez très certainement condamnés à la disgrâce et à l’humiliation.

Ô peuple de Koufa ! Soyez maudits ! Savez-vous quel être chéri du Prophète vous avez mis à mort et les voiles de quelles femmes vous avez offensé ? Savez-vous le sang de qui vous avez répandu et quel tabou vous avez transgressé ? La gravité de votre péché pourrait fendre les cieux, diviser la terre et réduire en poussière les montagnes. Vous avez commis un acte innommable. Il ne serait point étonnant de voir se déverser sur vous une pluie de sang et votre rétribution sera une torture encore plus terrible. Personne ne trouvera assistance et méfiez-vous, il n’y a ni répit ni sursis. Dieu ne se presse pas pour punir et Allah ne craint pas la vengeance. En vérité, votre Seigneur est à l’affût. »[2]

Zaynab (a) face à Ibn Ziyãd

À l’arrivée du convoi au palais d’Oubeidallah Ibn Ziyâd, ce criminel dit avec réjouissance et fierté : « Louange à Allah qui vous a scandalisé, vous a tué et a démenti vos histoires. »

Zaynab (a) prit alors la parole et répondit : « Louange à Allah qui nous a honoré par Son Messager — paix et bénédictions sur lui et sa descendance — et qui nous a parfaitement purifié des vices. Allah ne scandalise que le pervers et ne dément que le vicieux qui est autre que nous. »

Ibn Ziyâd lui demanda alors : « N’as-tu pas vu ce qu’Allah fit de ta famille et de ton frère ? ».

Zaynab (a) répondit : « Je n’ai vu que le bien. Ce sont des gens qu’Allah enregistra comme martyrs et les voici martyrisés. Allah vous rassemblera un jour et l’on verra à qui sera la victoire ».

Il s’exclama alors : « Quel assonance ! Ton père était un poète assonant ».

Zaynab (a) répondit : « Ibn Ziyâd, de quel assonance parles-tu ? L’assonance n’est aucunement mon souci. Cela m’étonne que l’assassinat de tes Imams te soulage alors que tu es bien conscient de leur vengeance dans l’au-delà ».[3][4]


Réferences

  1. Ardastni, Ahmad Sadeqi, Zaynab Qahrmãne Dokhter Ali, p 227-228.
  2. Abou Makhnef, Waqi'at At-Taf, p 311.
  3. Cheikh Moufid, Al Irchad, T 2, p 115 - 116.
  4. Majlissi, Mohammad Baqer, Bihar al Anwãr, T 45, p 117.

Articles connexes

Sources

  1. Ibn Assakir, Arlãm Nissae, réalisation : Mohammad Abdel-Rahim, Dar Fikr, Beyrouth, 1424 H/ 2004.
  2. Ahmad Sadeqi, Ardestãni, Zaynab Qahramãn Dokhter Ali, Téhéran.
  3. Baqer Charif Qoreichi, Sayida Zaynab, Beyrouth, Dar Tara’of, 1419 H.
  4. Mohammad Baqer Majlissi, Bihar Anwãr, Beyrouth, Maison d’édition Al Wafãe, 3ème édition, 1403 H/ 1983.
  5. Abou Makhnaf, Waqirat Taf, réalisation : Mohammad Hadi Youssoufi Gharawi, Qom, Majma’ ‘Alami Ahl-Beit, 1427 H.
  6. Moufid, Irchad fi Ma’rifat hojaj Allah ala ‘Ibad, édition: établissement Al-Beit (a) li Ihyae Torath, Qom, 1413 H.