Barzakh

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Barzakh (en arabe : برزخ) dans la croyance musulmane se réfère à un lieu entre le monde d’ici-bas et celui de l’au-delà. On l’appelle aussi ‘âlam al-mithâl (traduit en français : le monde imaginal, le monde de l’icône, le monde de l’exemple) ou ‘âlam al-qabr (le monde de la tombe). Tous les êtres humains sont censés passer par ce monde, qu’ils soient croyants ou impies. La seule différence est que ce monde pour les croyants sera comme le Paradis, et pour les impies, comme l’Enfer.

Qu’est le Barzakh

Le terme barzakh, signifie littéralement une chose qui, à la fois sépare et intercale deux choses: hâ'il (l’isthme) [1]. Mais le sens de ce terme se réfère à la distance ou le temps intermédiaire entre la fin de la vie sur terre (la mort), et le début de la vie dans l’au-delà[2]. C’est pour cette raison qu’on l’a appelé également le monde de la tombe ou ‘âlam al-mithâl (le monde imaginal)[3].

D’après certains penseurs chiites, le monde a deux faces : une face apparente ou exotérique (zâhir), et une face cachée ou ésotérique (bâtin). La face apparente du monde est appelée le monde de Mulk, et qui est la même chose que le monde matériel et physique dans lequel les êtres humains vivent. Tandis que la face cachée du monde est ce qui consiste à la vérité; c’est celle-là qui constitue le barzakh; là où les choses comprennent aussi certains aspects du monde matériel comme la forme, la mesure, l’odeur et la couleur, sans avoir de la matière et du poids, un peu comme ce qu’il y a dans les rêves[4].

Barzakh dans le Coran

Le terme barzakh a été répété trois fois dans le Coran : la Sourate Furqân, le verset 53 ; la Sourate al-Mu’minûn, le verset 100, et la Sourate ar-Rahmân, le verset 20. Toutefois c’est uniquement dans la sourate al-Mu’minûn que ce terme a été mentionné avec la signification expliquée plus haut. Voici le verset 100 de cette sourate :

حَتَّى إِذَا جَاء أَحَدَهُمُ الْمَوْتُ قَالَ رَبِّ ارْجِعُونِ لَعَلِّی أَعْمَلُ صَالِحًا فِیمَا تَرَكْتُ كَلَّا إِنَّهَا كَلِمَةٌ هُوَ قَائِلُهَا وَمِن وَرَائِهِم بَرْزَخٌ إِلَى یوْمِ یبْعَثُونَ


Traduction : Peut-être accomplirais-je quelque œuvre pie, parmi ce que j’ai laissé » ! Non point ! C’est là un mot qu’il dit et derrière eux est une barrière (barzakh) ! jusqu’au jour où ils seront appelés[5].

Comme on le voit, dans ce verset, après avoir jugé comme inadmissible la demande de certains, confrontés à la mort, de retourner au monde, il dit que devant ces gens il y a un mur, un isthme, une distance, qui les sépare [des deux mondes] jusqu’au jour de la Résurrection. Ainsi, l’expression « الی یوم یبعثون » montre que le monde de barzakh, est la phase intermédiaire entre ce monde (dunyâ) et le monde dernier (âkhira), et c'est par là que traverse toute personne avant l’arrivée du jour de la Résurrection.

La confirmation de barzakh dans le Coran

Il existe dans le Coran, outre que dans la Sourate al-Mu’minûn, d’autres versets qui, sans prononcer le mot "barzakh", se réfèrent à son sens et le confirment. Ces versets parlent notamment des martyres en les considérant comme vivants. En voici deux exemples :


وَ لا تَحْسَبَنَّ الَّذِينَ قُتِلُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ أَمْواتاً بَلْ أَحْياءٌ عِنْدَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ


Traduction : Et ne crois point que sont morts ceux qui ont été tués dans le Chemin d’Allah ! Au contraire, ils sont vivants auprès de leur Seigneur, pourvus de leur attribution[6].


وَ لَا تَقُولُوا لِمَن یُقتَلُ فِی سَبِیلِ اللهِ أموَاتٌ بَل أحیَاءٌ وَ لَکِن لَا تَشعُرُون


Traduction : Ne dites point de ceux qui sont tués dans le Chemin d’Allah : “[ils sont] morts” ! Non point ! [Ils sont] vivants mais vous ne [le] pressentez pas ! [7]

Selon les versets coraniques, barzakh ne concerne pas seulement les martyrs, ce monde concerne aussi les oppresseurs et les injustes comme Pharaon et ses compagnons. Comme c’est dit dans le verset 46 de la Sourate Ghâfir) :

النَّارُ يُعْرَضُونَ عَلَيْها غُدُوًّا وَ عَشِيًّا وَ يَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ أَدْخِلُوا آلَ فِرْعَوْنَ أَشَدَّ الْعَذابِ

Traduction : au Feu, ils seront offerts matin et soir, au jour où se dressera l’Heure [on criera] : « Introduisez la famille de Pharaon au plus intense Tourment !».

Comme on voit, ce verset indique un châtiment avant la "rétribution" de la Résurrection. Il s'agit donc du châtiment du monde de barzakh.

Barzakh dans le hadith

Dans certaines narrations, le terme barzakh a été également utilisé comme la distance intermédiaire entre ce monde et le monde dernier. Par exemple dans un hadith attribué à l’Imam Sâdiq, après avoir dit que tous les chiites entreront au Paradis dans leur vie dernière, il dit [8]:

واللهِ اَتَخَوفُ علیكم فی‌البرزخ

Traduction : « Par Dieu que j’ai peur pour vous [quand vous serez] à barzakh ».

On lui demande ensuite à propos de barzakh. Et il répond :

القبرُ منذُ حین موته الی یوم القیامة

Traduction : Barzakh est la même chose que la tombe, [il commence] dès la mort [et persiste] jusqu’au jour de la Résurrection

Dans cette phrase, on sait, par qabr (tombe) on ne comprend pas le creux de la terre où on enterre le mort, mais il s’agit de la face cachée ou le monde invisible de la tombe. C’est-à-dire le monde de l’isthme, et l’état de l’âme de la personne après sa mort. C’est pour cette raison qu’on l'appelle « le monde de la tombe ».

Le paradis et l’enfer dans le barzakh

D’après certaines narrations, le monde de barzakh (le monde de l’icône ou le monde imaginal) dispose ses propres paradis et enfer dans lesquels les gens trouvent la rétribution de leurs actes sur terre. A ce propos, le Prophète dit par exemple [9]:

القبرُ امّا روضةُ من ریاض الجنّة او حفرة من حُفَر النار

Traduction : La tombe est un des jardins du Paradis, ou une des fosses du Feu.

L’interrogation de la tombe

Dans certaines narrations il a été mentionné que, à son entrée dans le monde de barzah, l’homme sera interrogé sur ses actes, ses croyances et ses convictions, et ainsi ses faits sur terre seront vérifiés.

Ces interrogations sont connues sous le nom de « su’âl-i qabr » (interrogation de la tombe).

Le corps dans le monde de barzakh

L’âme de l’homme, appartiendra après sa mort à un corps du monde de barzakh (à un corps mithâl-i, ou un corps imaginal). Ce corps, d’après les croyances chiites, n’est pas fait de la matière, mais contient certains aspects et caractéristiques des choses matérielles comme la forme et la mesure. Celles-ci ressemblent, dans chaque corps imaginal, aux celles du corps que la personne possédait durant sa vie sur terre[10]. On dit que pour imaginer un peu l’état du corps dans le monde de barzakh, on peut imaginer l’état des choses lors d’un rêve. Ainsi, on voit que ces corps n’ont pas de volume, de matière ni de poids, et ils n’occupent même pas de place comme les choses matérielles, toutefois ils ont des formes et des mesures comme les choses que nous connaissons dans le monde ordinaire.

Références

  1. al-Mufradât fî Gharib al-Qur’ân, Chapitre : mot Barzakh ; al-Nihaya fî Gharib al-Hadith, vol. 1, p. 118
  2. ibid. vol. 14, p. 315
  3. Cf. Sharh Fusus al-Hikam, pp. 97-102
  4. Abdullah Jawâdi ‘Amulî, Ma’ad wa Qur’ân, vol. 4, p. 218
  5. Traduction de R. Blachère
  6. Traduction de R. Blachère
  7. Traduction de R. Blachère
  8. al-Kâfi, vol.3, p.242
  9. Irshâd, al-Qulûb, vol.1, p.75
  10. Makârim, Shirâzi, Sad Porsesh et Pasokh, pp. 361-362