Cérémonies de deuil de Muharram

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Les cérémonies de deuil de Muharram sont un ensemble de rituels chiites pour commémorer le martyre de l'Imam Husayn (a) et ses compagnons lors de l'événement tragique de Karbala. Historiquement et d'après des textes anciens, les premières personnes qui ont commémoré cet événement tragique étaient Zaynab (a) (la sœur de l'Imam Husayn), l'Imam Sajjad (a) (le fils de l'Imam), Umm al-Banîn (épouse de l'Imam Ali (a)) et Rubâb (épouse de l'Imam Husayn (a)). De nombreux poètes dont Kumayt Asadi et Da'bal Khazâ'î ont composé au cours du temps, des poèmes élégiaques pour les martyrs de Karbala.


Les cérémonies de deuil de Muharram consistaient, au début, uniquement en des récitations de poèmes, accompagnées de lamentations et de pleures. Cependant d'autres formes de récitations élégiaques (Nawha-Khânî; Rawza Khânî) ont été composé au cours du temps, pour accompagner les pratiques rituelles comme des auto-flagellations (se frapper la poitrine avec les paumes des mains, ou d'autres formes), ainsi que le Ta'zîyeh, etc. se sont rajoutés à ces commémorations et lui ont donné un aspect cérémoniel.

Toutes ces formes rituelles sont apparues à partir de l'époque Bouyide, puis sont renforcés à l’époque Safavide (suite à l'officialisation du chiisme comme religion d'Etat) et ont été surtout accentués durant l'époque Qajar en Iran. Toutefois il y avait toujours des rois comme Nâder Shah Afshar et Reza Shah Pahlavi, qui ont essayé de limiter ces genres de pratiques.

Plus récemment, durant l'époque de Abd al-Karîm Hâ'îrî et son autorité religieuse à Qom en Iran, de nombreux clercs étaient envoyés à des villes différentes afin de faire prêches lors du mois de Muharram et Safar pour remémorer l’événement de Karbala, en revanche l'exécution des cérémonies de deuil avait été interdite à Qom. Rajoutons à ce propos également les positions des leaders iraniens de l'époque contemporaine comme Ali Shari'ati et Murtada Muttahari qui étaient contre ces cérémonies en les considérant comme superstitions et qui essayaient de réformer ces rituels de deuil en supprimant leurs aspects rituels excessifs.

Quant à l'ayatollah Sayyid Ali Khamemen'i, le guide suprême de la République islamique d'Iran, ainsi que d'autres marj'a actuels comme Naser Makarem Shirâzî, Muhammad Fâdil Lankarânî, Mirzâ Jawâd Tabrîzî, Husayn Nûrî Hamedânî, et Husayn Mazâhirî, ils se sont opposés à la pratique de Qameh-zanî (se frapper la tête avec les lames) et ont prononcé des fatwâs pour l'interdire.

De nombreux œuvres ont été éditées à propos de l’événement de Karbala et de ces rituels, durant les époques historiques différentes. Ces œuvres sont différentes du point de vue de l'approche, de la langue et de la forme, et constituent des genres différents. On peut mentionner par exemple des œuvres littéraires et poétiques, des récits historiques, des récits de deuil (Maqtal), mais aussi des textes moraux et des encyclopédies. En voici quelques exemples : Maqtal Luhûf, Shahîd Jâwîd, Hamaseh-ye Husaynî et le Dictionnaire de l'Imam Husayn (a).

Histoire et évolutions

Les pratiques de deuil en commémoration des martyrs de Karbala que les chiites observent, ont commencé dès les premiers jours après cet événement tragique de Ashura en 680, et continuent depuis. Mais les formes et les manières de les effectuer, ont changés au cours de l'histoire et de nombreux rituels on été rajoutés à des formes historiques anciennes.

Le deuil lors de l'époque des impeccables

Les premières personnes qui ont fait des lamentations et ont récité des poésies élégiaques, étaient la soeur (Zaynab) et le fils (Ali B. Husayn) de l'Imam Husayn (a). Zaynab a récité des poèmes élégiaques sur le corps de son frère, avant même qu'il soit enterré, de sorte que tous les ennemis ont été émus. Lors de leur arrivé à Shâm (la Syrie), les captifs ont fait pleurer les femmes des Omeyades tant que leur chagrin a fait qu'elles aient observé le deuil pendant plusieurs jours (d'après les récits, entre trois et sept jours).

Bashir b. Hazlam, et aussi des femmes de Ahl al-Bayt, comme Zaynab la fille de Aqîl, et Umm al-banîn et Rubâb, ont fait pleurer les gens de Médine.

Également de célèbres poètes comme Kumayt Asadî et D'abal Khaza'î durant l'époque de l'Imam Bâqir (a),l'Imam Sâdiq (a) et l'Imam Ridhâ (a) avaient composé des poésies élégiaques en mémoire de l'Imam Husayn (a).

Ce sont les premiers pratiques de deuil pour les martyrs de Karbala, dans le monde chiite.

Le développement du deuil et ses rituels pendant les périodes suivantes

Avec le règne des Visirs Bouyides, la répression des chiites a diminué et ils ont eu plus de liberté pour s'exprimer. En l'an 352 H.L., le gouvernement a annoncé publiquement le jour de Ashura comme un jour fériée et de deuil. Ainsi toute action d'achat et de vente a été annoncé interdite lors de ce jour ; le gouvernement avait commandé aux bouchers de ne tuer aucune bête, aux cuisiniers ne cuire aucun plat, et à tous de dresser des tentes de deuil dans le grand Barzar.

Ensuite, à l'époque Timouride, les chantres s'exprimaient librement en publique en éloge des Imams impeccables (a) ou pour commémorer leurs morts (souvent tragiques). Il parait que l’usage des deux termes bien connus de la littérature élégiaque, à savoir Madh et Maddâhî ainsi que Rawdha et Rawdha-khânî, date cette période. De même le très célèbre livre de Mulla Husayn Wa'iz Kâshifî, Rawdha-t-al-Shuhadâ' date cette époque.

Mais la période la plus effervescente de commémorations du martyre de l'Imam Husayn et ses compagnon fut l'époque savafide où la chiisme est devenu la religion d’État, à partir de 1501 avec le Shah Isma'il I. Ce fut durant cette période que les divers husayniah et takyah (de bein de main morte- Waqf) ont été établis pour effectuer les cérémonies de deuil. Puis durant la dynastie Afshâr, le roi Nader Shah a à nouveau limité les cérémonies deuil, et ensuite durant la dynastie Zand les premières formes de théâtre religieux (ta'ziyah) ont été mises en place.

Le développement de ta'ziah à l'époque Qajar

L’époque Qajar fut l'époque de l'épanouissement du théâtre religieux de ta'ziayh, et d'autre rituel de deuil chiite. Naser ad-Din Shah fut un des rois Qajar qui a rendu ces cérémonies très spectaculaire jusque dans la cour royale, et lors de son règne divers formes rituels inédites, comme qameh-zanî, shamâ'il keshî, zanjir-zanî et le rituel de 41 minbars ont pris forme.

Tous ces épanouissements cérémoniels et rituels durant cette période, ont déclenché par ailleurs des critiques sérieuses de certains intellectuels et bien pensants comme Mirzâ-Malkom Khân et Mirzâ Fah-Ali Akhûnd-Zâdeh à l'égard de ces pratiques.

Ensuite, durant le règne de Muzaffar ad-Din Shah Qajar, les cérémonies de Shâm-e Gharibân ont été propagé et puis les cérémonies de deuil se sont étendues au delà du mois de Muharram jusqu'à la fin du mois suivant, le mois de safar.

L'époque Pahlavi I et les limitations imposées aux rituels de deuil chiite

Bien que Rezâ-Khân Pahlavi I se montra assez exigent par rapport aux pratiques de deuil au début de son règne, mais petit à petit avec l'installation de son pouvoir et ses inspirations modernistes et progressistes il prit distance avec ces rituels, et puis commença même à les limiter, en les considérant comme un obstacle sur le chemin de progrès du pays. A partir de l'an 1314/1925 et contemporains avec la loi contre le voile des femmes, il ordonna aux gouverneurs des diverses régions d’interdire les processions rituelles de Muharram, et d’encourager les fidèles à s'assoir sur les bans et les chaises (au lieux de se mettre par terre) lors des réunions religieuses. Ces acharnements contre les rituels de deuil sont allés jsuqu'à même mettre en prison certains chantres religieux de certaines villes. Également ce fut durant cette période que le grand Takyah de Téhéran (Takyah Dawlat) a été détruit (en 1928), ce qui aboutit à isoler en plus les rituels de deuil.

En revanche, Shaykh Abd al-Karîm Hâ'irî fit ses efforts pour garder vivant ces rituels. Il envoyait des clercs aux diverses villes pour qu'ils prêchent, tout en pensant à réformer les manières cérémonielles de deuil. Dans ce sens il interdit le théâtre de Ta'zieyh à Qom et transforma les grandes réunions de Ta'ziyeh en réunions de prédications religieuses.

Avec la fin du règne de Rezâ-Khân en 1941 et l’arrivée des alliés en Iran, l'interdiction des cérémonies du deuil a été enlevée et les pratiques spécifiques de ces rituels ont été renouvelés.

Les cérémonies du deuil vers la fin de l'époque Pahlavi

Vers la fin de la période Pahlavi, les commémorations de Muharram avaient lieu surtout dans les espaces privés des maisons et dans le cadre des réunions spécifiques. Pendant cette période, les réunions féminines aussi ont eu une croissance considérable et de nombreuses chantres-femmes ont étendu le domaine de leur prédication à l’extérieur des espaces domestiques pour s'adresser à un public beaucoup plus large.

En parallèle avec cela, et avec l’augmentation des tensions politiques entre le roi et le peuple, et par le rôle important du clergé dans ces contestations contre le roi, les cérémonies religieuses du deuil de Muharram sont devenu un lieu d'expression contestataires contre le gouvernement. L'événement dramatiques de Muharram 1963 survenu à Madrasa Faydiyah de Qom, fut suite à l'intervention des forces de l'ordre lors des cérémonies de Ashura. Suite à cet événement, toute organisation de cérémonie du deuil du mois de Muharram a été soumise à la demande d'un autorisation officielle.

Les rituels de deuil depuis le République islamique: réformes et apparition des genres

Avec le victoire de la révolution 1979, les rituels de deuil chiites, ainsi que les collectifs cérémoniels (hey'at) ont traversé de divers changements aussi bien dans leur forme que dans leur fond. Un des courants devenu très rependu depuis la révolution fut le courant populaire au sein du quel les pratiques particulières comme qameh-zani (qameh = lame, zanî = acte de frapper; l'expression se réfère à la pratique de se frapper la tête avec un lame, en signe de chagrin) et qofl-zani (qofl = cadenas, zanî = ici veut dire attacher).

Divers rituels

Le fait d'effectuer les cérémonies de deuil pour l'Imam Husayn (a) et ses compagnons fait partie de pratiques cultuelles des chiites. Au cours du temps différentes formes cérémonielles sont apparues au sein de diverses sociétés chiites, et elles ont aussi traversé des évolutions importantes. Certains de ces rituels ont été également répandus durant la vie des Imams (a). Pour résumer certaines de ces pratiques, on peut citer les suivantes.

  • La récitation des poèmes élégiaques à propos de l'Imam Husayn (a) et de ses compagnons. Cela fait parti des pratiques les plus anciennes.
  • Sineh-zani. Cette pratique consiste à se frapper la poitrine par les paumes des mains. Elle est la pratique la plus répandue dans les mondes chiites durant le mois de Muharram. Elle se pratique dans divers lieux publics ou privés.
  • Ta'zieh-khânî dit également Shabih-khânî. Il s'agit d'une forme de théâtre religieux lors duquel les fidèles rejouent l'événement de Karbala, en se déguisant en soldats et saints de l’épopée de Karbala. Cette forme théâtrale a apparu d'abord en Iran à l'époque safavide, puis s'est rependue dans d'autres régions chiites comme au Liban, en Inde et au Pakistan. Il est pratiqué de manière plus ou moins différentes dans divers endroits du monde chiite.
  • Rawzh-Khânî. Il s'agit de récitation de l'événement de Ashura et les souffrance qu'on subies la sainte famille de Husayn (a) et lui même. Cela se pratique normalement au sein des réunions où aussi bien celui qui récite, que les auditeurs, sont dans la compassion totale avec le Seigneur des martyr, Imam Husayn (a) et ses compagnons (la pleure et la lamentation font parties de ces rituels).
  • Zanjir-zanî. Cette pratique consiste à se frapper le dos et les épaules par une forme de fouet, constitué des chaines très fines. Il s'agit plutôt d'une performance rythmé que les hommes effectuent de manière très coordonnée. Elle se pratique dans divers pays chiites comme le Liban, l'Iran, l'Irak, l'Inde et le Pakistan, notamment lors des dix premiers jours du mois de Muharram, et les derniers jours du mois de Safar.
  • Alam gardâni. Il s'agit d'un rituel qui consiste à porter un étendard assez grand et orné, en métal ou en boit. Cette pratique aussi fait partie des pratiques les plus répandue lors du mois de Muharram dans les mondes chiites.
  • Shâm-e gharîbân. Il s'agit d'une cérémonie spécifique du onzième soir du mois de Muharram (le lendemain soir du massacre de Ashura) lors de laquelle on récite les souffrances imposées à l'Imam Husayn et ses compagnons.
  • Nakhl-gardânî. Il s'agit d'une procession lors de laquelle les jeunes hommes portent, d'après des rituels codifiés, un très grand emblème nommé nakhl (objet qui se distingue de 'alam, il est plus grand, plus volumineux et plus lourd, souvent en bois).
  • Qameh-zanî. C'est une pratique très particulière et souvent contestée qui se trouve dans de nombreuses sociétés chiites. Il s'agit de se frapper la tête et le front avec une lame (forme de couteau ou de sabre) afin de faire couler son sang en compassion avec la souffrance de Husayn. Il est pratiqué le matin de Ashura, le dixième jour du mois de Muharram. La position des chiites est partagée envers cette pratique entre ceux qui la soutiennent comme un acte renforçant la foi chiite, et ceux qui la condamnent en la considérant comme superstitieuse et exagérée, créant des ambiguïtés sur l'image du chiisme. Certains le considèrent comme dérivé du christianisme, d'autres comme une influence de la culture des Qizilbash de l’Anatolie.
  • Tabût-gardânî. C'est une rituel qui consiste à faire circuler un cercueil dans l'espace public, en hommage à Husayn. Ce rituel se pratique en dans certaines régions d'Iran et de l'Irak, mais aussi dans le sous-contient indien et à l'Asie du sud.
  • La procession de Arba'în. Il s'agit d'un pèlerinage annuel qu'effectuent les chiites de divers endroits du monde vers la ville de Karbala, à l'occasion du quarantième jour du martyr de l'Imam Husayn (a), dit Arba'ïn. Traditionnellement ce pèlerinage s’effectuaient à l’intérieur de l'Irak, mais depuis quelques années les chiites d'autres pays s'y rejoignent. Les années prétendantes plusieurs millions de personnes ont participé à cette marche.

Les sources existantes

D’innombrables ouvrages sont écrits au cours de l'histoire sur l'événement de Ashura d'abord pour le raconter, puis pour l'analyser. Ces ouvrages, de style et de point de vue très diversifiés, sont rédigés en langues arabe et persane, mais traduits aussi dans d'autres langues. Pour n'en citer que quelques-uns, on peut mentionner ceux-ci:

  • les ouvrages littéraire : Nâmirâ, Adab al-Lutf, Saqqâ-ye âb wa adab
  • les ouvrages narratifs dit Maqtal : Maqtal Abû Mikhnaf, al-Luhûf, Tûfân al-Bikâ' , Nafs al-Mahmûm, Rawdat ash-Shuhadâ' , Asrâr al-Shahâda
  • les ouvrages analytiques: Shaid-e Jâvid, Pas az-Pnajah sâl, Ma' al-Rakab al-Husaynî, Risaneh-ye Shi'a
  • les ouvrages critiques: Hamaseh-ye Husaynî, Law'law' wa Marjân, al-Tanzih l-A'mâl al-Shi'a
  • les ouvrages moraux et mystiques: al-Khasâ'is al-Husaynîya, Ganjineh-ye Asrâr
  • les ouvrages encyclopédiques: Absâr al-'Ayn, Farsân al-Hayjâ', Farhang-e Ashûrâ, Diciotnnaire de l'Imam Husayn, Maqtal Jami' Seyed al-Shuhadâ.

Voir aussi

Références