Hadith

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Les hadiths (en arabe:الحديث) dans le lexique islamique et religieux, sont des paroles rapportées du Prophète Muhammad (s) et des Imams ou des récits sur leurs comportements et leurs initiations morales.

Les hadiths à côté du Coran, pendant les 15 siècles de l’histoire de l’Islam, ont joué un rôle central dans la compréhension des musulmans de la religion et de la charia. Du fait de l’importance des hadiths, différentes études sur leur contenu et leurs chaînes de transmission, ont été effectuées dans le cadre d'une discipline particulière, nommée les sciences de hadiths.

Les chaînes de transmission sont importantes pour vérifier l’authenticité des hadiths et cela est étudiée dans le cadre d'une branche de la discipline intitulée en arabe Riwâyat al-hadith. Par ailleurs, l'étude du contenu des hadiths constitue à son tour une autre branche nommée Dirâyat al-Hadith. Il existe également une autre branche de la science nommée 'Ilm ar-Rijâl (sciences des rapporteurs) où on étudie les individus composants la chaîne de transmission de chaque hadith. Ce dernier entre dans la catégorie de Riwâyat al-hadith où plusieurs catégories de hadiths sont définies en fonction de leur authenticité et de leur crédibilité.

Les ouvrages les plus importants de compilations

Dix livres, parmi les nombreux livres de Riwâyats, jouent un rôle plus central dont quatre appartiennent aux chiites et six aux sunnites. Précisions que les livres chiites rapportent beaucoup de hadiths attribués aux douze Imams, alors que les livres sunnites réunissent les hadiths attribués au Prophète Muhammad(s). Les livres de hadiths chiites les plus importants sont les suivants:

Qui constituent les Quatre livres de références ou les Les quatre livres de principes des chiites[1].

Les sunnites ont six livres (Sihâh Sitta), qui sont les livres suivants:

Explication des termes « hadith » et « riwâyat »

Le terme Hadith signifie nouveauté, discours, histoire et récit. « Hadith » et « Riwâyat » sont, d'un point de vue sémantique, deux mots différents qui sont toutefois souvent utilisés comme synonymes dans les textes de sciences religieuses.

Dans ces textes, les « hadiths » sont les « paroles attribuées aux Immaculés », tandis que le « riwâyat » renvoie à des sujets, des récits historiques ou des événements rapportés par d’autres personnes que les Immaculés (le Prophète (s) et les Imams).

Le fait que certains khabar (nouvelles, événements) aient été nommés hadiths par rapport au Coran, vient du fait que la majorité des sunnites considèrent que le Coran est éternel (Qadîm) à la définition des règles religieuses par Prophète (s) (hadith=événement récent) [2].

Le contenu des hadiths relève de la révélation, mais les mots sont humains.

Relation entre hadith, khabar, âthâr et 'ilm

Aux premiers siècles de l’hégire, khabar, Athar et 'Ilm avaient le même sens et étaient utilisés dans le sens de « hadith ».

Athar signifie : empreintes et traces; chez les sunnites cela signifie toute trace pouvant donner des renseignements sur la religion, que ce soit une parole du Prophète Muhammad (s), de ses compagnons, des Tâbi'ûn (compagnons du 2ème degré, compagnons des compagnons) ou de la génération des musulmans qui ont connu les Tâbi’ûn, ou tout récit sur Médine. Chez les chiites, ce terme signifie : faits et paroles rapportés des Imams[3].

Khabar a des sens différents; certains divisent les hadiths en deux catégories : les hadiths Marfû’a (les hadiths dont la chaîne de transmission ne contient pas le nom d'un ou certains narrateurs) qui constituent les khabar et les hadiths Mawqûf (les hadiths dont la chaîne de transmission arrive à un compagnon du Prophète ou celui de l'Imam) qui constituent les Akhbâr[4].

Certains appellent « hadith » toute parole rapportée des Saints Imams et « Khabar », toute parole rapportée des anciens.

Athar a un sens plus général[5] et certains, pour éviter les difficultés de ces classifications, utilisent ces trois termes de façon indistincte[6].

Le terme « 'Ilm » n’est plus utilisé aujourd’hui, mais existe dans les textes du premier et du second siècle de l’hégire. Cela montre que ce que nous nommons aujourd’hui « hadith », était appelé « 'Ilm » à cette époque, et les paroles des compagnons et des disciples font état de leurs inquiétudes face à la disparition des « connaisseurs de 'Ilm» dans le sens de ceux qui mémorisaient les hadiths.

Classification des hadiths

Dans la science du hadith, pour mieux comprendre le contenu, les hadiths sont classés en hadiths « Wâhid », « Mustafîd » et « Mutawâtir ».

Le hadith Mutawâtir est un hadith dont les rapporteurs à chaque niveau, sont nombreux et reconnus comme véridiques. Ce qui confère l’assurance que ce hadith vient bien du Prophète ou des Imams, peut servir dans la définition de la foi et des règles de jurisprudence, et constitue une des bases fondamentales d’argumentation de la loi islamique.

Un hadith Wâhid est un hadith qui n’a qu'un seul narrateur à chaque niveau.

Un hadith Mustafîd (Hadith Mash,hûr) « Hadith réputé », s’applique à un hadith qui a au moins trois transmetteurs à chaque niveau.

Il existe aussi une classification en fonction du contenu qui distingue les différents « hadiths Sahîh » (hadiths valides) avec les classifications de Mudâf, Mutafagh-Alay, A'lâ, Awsat et Adnâ, des « Hadith Hasan » classés en « muvassaq » et « Qawî »; des hadiths bons et des hadiths faibles classés en hadith Mudraj, Mushtarak, Musahhaf, mu’talif et mukhtalif.

Il existe aussi une classification en fonction de la continuité ou de l’interruption de la chaîne de transmission avec les hadiths Musnad, Muttasil, Marfû’, Mawqûf, Maqtû’, Mursal, Munqati’, Mu’dal, Mûshkil, Mudmar, Mu’allaq, Mu’an’an et muhmal.

Les hadiths en fonction du contenu, sont classés en hadiths Nass, Zâhir, Mu’awwal, Mutlaq, Muqayyad, Âm va Khâs, Mujmal, Mubayyin, Mukâtib, Mukâtab, Mash,hûr, Matrûk, Matrûh, Qudsî, Shâdh, Maqlûb et Mutashâbih.

Les hadiths en fonction de leur application, sont classés en hadiths Hujjat et Lâ-hujjat, Maqbûl, Nâsikh et Mansûkh.

Les transmetteurs de hadiths

Le terme «Sanad» concerne l’ensemble des personnes qui l’une après l’autre, ont rapporté un hadith de son locuteur. Dans beaucoup de livres de hadiths, cette liste de transmetteurs est présentée avant le hadith lui-même.

Aux chiites qui étaient très sensibles à la question des hadiths, les saints Imams avaient expliqué les critères de fiabilité d’un hadith.

Au premier siècle de l’hégire, les sunnites accordaient de l’importance aux hadiths rapportés du Prophète mais sans grande sensibilité à la chaîne de transmission.

Au deuxième siècle, avec l’apparition des inventeurs de hadiths, une attention particulière fut portée à la présentation de la chaîne de narration, pour éviter la propagation de faux hadiths[7]. Cela diminua beaucoup la narration de hadiths sans chaîne de transmission, attribués au Prophète ou aux compagnons, mais cette pratique continua jusqu’à la fin du troisième siècle chez des ulémas comme Malik b. Anas[8] et Abû Ḥanîfah[9] et son élève Shiybânî[10]. Ce n’est qu’au quatrième siècle que la question « d’où vient ce hadith ? » des Shaféites, mit un terme à ces pratiques.

Histoire de la compilation des hadiths

A l’époque du Prophète (s), ‘Ali (a) et d’autres compagnons rédigeaient les paroles du Prophète (s)(hadiths) mais après la disparition du Prophète (s), la rédaction des hadiths chez les chiites et les sunnites, a changé.

La politique officielle à l’époque du premier et du second calife, et ensuite d’'Uthmân jusqu’à l’époque de 'Umar b. Abd al-'Azîz, était opposée à la rédaction et à la transmission des hadiths du Prophète (s). De nombreux recueils de hadiths ont même été brûlés à cette époque.

'Umar b. Abd al-'Azîz changea de politique et relança la rédaction des hadiths avec, jusqu’à la fin du troisième siècle, la rédaction des six livres de hadiths, mais plus d’un siècle de censure avait beaucoup nui aux travaux de compilation des hadiths.

Les chiites, dès l’époque du Prophète (s) puis celle des Saints Imams, ont rédigé les hadiths jusqu’à l’époque de l’occultation mineure du douzième Imam, Al-Mahdi (a), l'Imam caché.

Des livres comme le « Livre de ‘Ali » (Kitâb 'Ali) ainsi que Al-Usûl al-Arba'a mi'a (400 petits livres de hadiths, recueillis directement des paroles du Prophète (a) et celles des Imams par leurs proches compagnons), sont le résultat de ce travail. Les siècles suivants, les travaux de compilation de hadiths ont continué et les quatre livres chiites de hadiths ont été rédigés au cinquième siècle de l’hégire.

Le classement des hadiths

Le classement des hadiths qui était une des préoccupations des religieux pour faciliter l’accès aux hadiths, a été effectué de façon différente et s’est amélioré au cours des siècles.

Le phénomène de la création et de la falsification des hadiths

Certains profitèrent du statut des hadiths considérés aux deux premiers siècles de l’hégire, comme un moyen pour connaître l’islam, pour faire passer des hadiths créés de toutes pièces.

Le récit de la falsification des hadiths et des mensonges attribués au Prophète (s) et aux saints Imams, est un récit qui remonte au début de l’Histoire des hadiths.

Pour régler ces deux problèmes et différencier les bons hadiths ( les hadiths authentiques) des mauvais hadiths (les hadiths inauthentiques), les savants spécialistes de science des hadiths, ont eu recours à 'Ilm ar-Rijâl (science qui étudie des transmetteurs des hadiths) et à la 'Ilm ad-Dirâya (science qui étudie le contenu et la transmission du hadith).

L’étude des hadiths en fonction de leur contenu et de leur chaîne de transmission

Les critiques qui avaient été faites et les inquiétudes qui étaient nées à propos de l'authenticité des hadiths, ont obligé les spécialistes des hadiths à trouver des solutions pour la préservation des hadiths authentiques en effectuant des études critiques des hadiths.

Cet effort de connaissance n’était pas dû seulement à une contrainte extérieure, mais surtout aux contradictions internes à la religion qui obligèrent ces spécialistes à prendre des mesures de vérification. Si l’attitude vis-à-vis des hadiths était positive, néanmoins des efforts critiques furent entrepris pour repérer les problèmes éventuels existant dans ce domaine et répondre aux questions et aux paradoxes retrouvés dans les hadiths.

L'exigence et la nécessité d’une étude critique des hadiths a conduit également à la création, au cours des siècles, d’un domaine d’étude systématique aboutissant à une vision intégrale sur le hadith que nous présenterons par la suite.

La transmission du sens

La transmission est une réalité importante dans l’Histoire des hadiths. Il consistait pour certains transmetteurs, surtout au début et avant même de la rédaction des premiers livres de hadiths, à rapporter ce qu’ils avaient entendu du Prophète (s) ou des Imams, sous une forme personnelle tout en transmettant correctement le sens du hadith[11].

Il est rare toutefois de trouver des hadiths de rapporteurs de la même époque ayant utilisé les mêmes termes, nous permettant de mettre sur le même plan, le sens et la forme du hadith.

La compréhension du hadith

De nombreuses questions sur la compréhension des textes qui concernait au départ le Coran, se sont aussi posées au sujet des hadiths et ont été traitées de la même manière.

Par exemple, la diversité des styles est un sujet abordé dans le livre de jurisprudence de Muhammad b. Idrîs Shâfi’î, qui concerne directement la compréhension des versets coraniques mais dans les questions de jurisprudence concernent aussi les hadiths.

Toute étude des sources des textes traditionnels de jurisprudence montre qu’il n’existe aucune différence entre le Coran et les hadiths dans ce domaine. Les questions d’authenticité, de différences d’interprétation, d’interprétations générales et particulières, absolues ou relatives, concrètes ou abstraites, touchent tout aussi bien le Coran que les hadiths. Il existe de nombreux exemples dans les livres de jurisprudence et des 'Usûls (livres des principes) qui reconnaissent le sens absolu ou relatif d’un verset du Coran en se fondant sur le sens absolu ou relatif d’un hadith.

Dans le Domaine de la sémantique, le livre Al-Majâzât al-nabawîyya d’Al-Sharîf ar-Radî (1015) [12], est le seul livre dans la lignée du livre Al-Bayân fi Majâz al-Qurân d’Abû ‘Ubaydah, bien que ce livre prête plus d’attention au côté de la littérature.

La question des versets Nâsikh et Mansûkh, versets abrogés et abrogatifs[13] se pose également pour les hadiths.

Dans le cas des hadiths rapportés des Saints Imams, en cas de contradiction, les hadiths tardifs du 11ème au 12ème siècle sont privilégiés par rapport aux hadiths du 3ème au 5ème siècle de l’hégire[14].

Certains savants ont particulièrement travaillé sur les hadiths abrogés et abrogatifs. Le mouvement qui a commencé au 2ème siècle de l’hégire, avec Ibn Shahâb al-Zuharî s’est poursuivi par la suite dans les œuvres d’Abû Bakr Athram, d’Ibn Shâhin et d’Abu al-Faradj b. al-Jawzî[15].

Le contexte des hadiths a aussi été pris en considération, comme c’est le cas pour le contexte de la révélation des versets coraniques dans l’étude des contextes d’émission des hadiths.

Les études de style littéraire et de la rhétorique qui sont la science et l'art de l'action du discours sur les esprits[16], ont été étendues aux hadiths et on s’attendait naturellement à ce que les hadiths rapportés des Imams, soient des modèles dans ce domaine.

Sharîf Razî par exemple, a rassemblé dans son Nahj al-Balâgha, des extraits de discours de l’Imam 'Ali (a), et Ibn Abbâs considérait les paroles de l’Imam ‘Ali (a) et du Prophète (s), comme inférieures aux paroles du créateur mais supérieures aux paroles des créatures[17]; Une idée qui fut ensuite reprise par les spécialistes littéraires[18]. La rhétorique concerne aussi l’attention au niveau des auditeurs et la présentation d’idées en fonction des différents niveaux de l’auditoire.

L’interprétation et l’exégèse des hadiths

Dans le corpus de hadiths attribués aux Imams et dans quelques livres secondaires sunnites, il existe des hadiths attribués au Prophète (s) avec ce propos

" Il m'a été ordonné, ou que nous les prophètes, essayons de parler aux gens selon leur niveau de compréhension"[19].

Cette parole a été reprise par les Imams et citée dans les textes imamites sous la forme avec comme propos

"Notre Hadith est compliqué et difficile à comprendre ". (حدیثنا صعب مستصعب)[20]

Ces hadiths font que la rhétorique du Prophète (s) et des Imams est sujette à des interprétations différentes en fonction des différents niveaux de la connaissance des interlocuteurs, et que parfois un hadith incompréhensible au premier abord, nécessite une interprétation et un commentaire avec ce qu’on appelle dans, le cas des hadiths imamites, le recours aux imams pour l’explication du sens[21].

Certains hadiths comme les versets coraniques, ont été nommés abrogés ou abrogatifs[22].

Abû Bakr b. Fûrak a entrepris un travail de comparaison entre les versets coraniques et les hadiths, et a déclaré que certains hadiths doivent être interprétés en fonction d’autres hadiths clairs et explicites.

Ce regard sur les hadiths a ouvert le domaine de l’interprétation des hadiths, non seulement de la part des rationalistes mais aussi de la part les partisans modérés des hadiths.

Aux premiers siècles de l’hégire, il est possible de trouver des ouvrages spécialisés dans l’interprétation des hadiths comme le livre d’Abû Bakr Fûrak, le livre d’interprétation de hadiths d’Ibn Qutayba ou le livre d’Abû Ja’afar Tahâwî[23]. Parmi les savants imamites, citons le célèbre Ma’âni al-Akhbâr d’Ibn Babivayh al-Qummî[24].

Parmi les auteurs ésotériques ismaéliens, citons le livre Ta’wîl al-Da'â’im de Qâzî Nu’mân Maghribî[25] qui chercha à approfondir les exégèses ésotériques.

La jurisprudence et les hadiths

La compréhension des hadiths en cas de différentes interprétations, est importante car, les hadiths doivent être interprétés en fonction du Coran et de la tradition prophétique. Dans le cas d’interprétations contradictoires, réelles ou éventuelles, qui existent depuis les origines, des solutions ont été proposées comme le parallèle entre les hadiths pour arriver à des interprétations complémentaires en fonction du sens figuré et non de l’apparence des hadiths.

Les différents sujets abordés dans ces discussions sont les contradictions sémantiques, les différentes raisons d’une règle islamique ou les contradictions dans l’obligation ou l’interdiction d’un acte au niveau religieux.

La compréhension des hadiths a contribué à la création de diverses branches dans le domaine de la science des hadiths comme la jurisprudence des hadiths, et à la rédaction de nombreux ouvrages de commentaire des hadiths sur le modèle du commentaire coranique, mais avec plusieurs différences.

Parmi ces travaux, citons les sept grands recueils sunnites et les quatre grands recueils chiites de hadiths datant des siècles moyens et tardifs de l’Histoire de l’Islam.

Le rôle des hadiths dans la culture et la civilisation islamiques

L’utilisation des hadiths dans la littérature des mondes musulmans, remonte au début de l’Islam. La présence des hadiths dans la littérature et la poésie arabes, mais aussi dans la littérature persane islamique, est évidente.

Au 6ème siècle de l’hégire, les hadiths prophétiques étaient courants dans les poèmes persans. Par exemple, le hadith du Prophète (s) sur la venue de Khusraw de l’Orient et l’extension de sa justice jusqu’en Occident, dans le poème d’Amir Abd allah Muhammad Mu'izzî (1048)[26] ou chez le poète soufi Hakim Abu l-Majd Majdûd b. Âdam Sanâ'ī Ghaznavî (1150) et ses allusions dans ses poèmes, au hadith Thaqalayn et au hadith du Prophète (s) sur la sincérité d’Abûzar. Sa'adî lui, a fait allusion au hadith du Mi’raj où l'Ange Gabriel manifestait sa crainte de voir brûler ses ailes.

Parmi d’autres poètes persans, citons Djalâl ad-Din Mawlavî (Rumi) (1273) qui s’est inspiré de nombreux hadiths et même de hadiths non cités dans les recueils officiels de hadiths dont Badî'uzzamân Furûzânfar a publié une étude détaillée sur l’origine et le corpus[27].

Certaines paroles du Prophète sont devenues si célèbres, parmi les musulmans, qu’elles ont rivalisé avec les proverbes.

Abu al-Shaykh Isfahânî dans son livre Al Amsâl fi al-hadith an-Nabawî, a fait un premier pas dans la compilation de ces hadiths. En plus des sociétés arabes où la citation de hadiths est tout à fait courante, cette pratique était également répandue dans les autres sociétés, notamment chez les musulmans persanophones.

Certains hadiths attribués au Prophète (s), que ce soit sous leur forme arabe ou traduit en persan, sont devenus des proverbes couramment utilisés[28].

Par exemple, la phrase :

« la propreté est un signe de foi », est devenue une phrase courante dans le langage des Iraniens[29].

Mais seuls certains savants comme Ibn Hibbân Bustî, ont expliqué que cet usage vient d'un sens dérivé et non le sens exact du hadith[30]. Dans certains cas, le rythme poétique d’un hadith en persan, en a fait un proverbe alors que certains de ces hadiths en arabe, n’existent que dans des livres de hadiths tardifs[31].

Différentes approches contemporaines à propos des hadiths

La tendance Akhbârite

Le recours absolu aux hadiths est devenu une pratique courante à l’époque de Safavide dans les milieux chiites. Il s’est poursuivi 200 ans durant avec Mîrzâ Muhammad Akhbârî (1765), malgré les efforts de Vahîd Bihbahânî et du Shaykh Ja’far Kâshif al-Ghitâ (1813) ainsi que la victoire de l’Usulisme sur l’akhbârisme dans les centres religieux d’Irak et d’Iran.

Une des principales activités des partisans d'akhbarisme était la lutte contre l’extension des sciences islamiques, en particulier la jurisprudence et les sources du droit musulman. Cette approche était le résultat d’une influence des enseignements sunnites et non pas des enseignements des Saints Imams[32].

Maktab Tafkîk et l’opposition à la philosophie

Au 14ème siècle de l’hégire, apparut le Maktab Tafkîk, une école de pensée nommée également « Maktab ma’arif » qui remonte à Mîrzâ Mahdi Isfahânî un savant de la région de Khurâsân. L’idée principale de cette école était qu’il fallait séparer les enseignements des Ahl al-Bayt des autres enseignements car le savoir véritable est celui qui est issu des hadiths des Ahl al-Bayt et donc de mêler ce savoir véritable à d’autres sciences (humaines) notamment la philosophie, conduirait à l’égarement.

Cette école rejette l’élargissement des sciences islamiques à des enseignements qui n’ont pas, selon eux, le mérite d’être intégrés dans les enseignements de l’école des Ahl al-Bayt[33], et exige une distinction entre les enseignements extérieurs aux enseignements du Coran et des hadiths, et les enseignements issus de ces sources.

Les adeptes de cette école de pensée tiennent à informer les gens des versets coraniques solides et les hadiths authentiques, dans les différents domaines nécessaires à la société et aux individus, et à faciliter l’accès aux sens coraniques et au sens des hadiths. Ces travaux sont spécialement visibles dans les travaux de Muhammad Ridâ Hakîmî, notamment son livre Al-Hayât[34].

La tendance de Tahdhib et la volonté de révision des corpus

Les adeptes de l'école de Tahdhîb avaient pour objectif de purifier les hadiths et de faire une étude précise et critique de l’héritage des hadiths. Certains, pour revenir aux enseignements authentiques de l’Islam, recommandaient de revenir au Coran étant donné leur manque de confiance vis-à-vis des riwâyats chiites. D’autres penseurs contemporains optèrent pour une initiation et une purification fondées sur le Coran et le refus des falsifications et des ambiguïtés. Ce groupe a utilisé la technique du commentaire des versets par les versets pour apporter des solutions aux problèmes sociaux et spécialement les techniques de Sayed Qutb, bien que ses critiques soient relatives et plutôt une forme de précaution.

Parmi ces penseurs,'Ali Sharî'atî fit une vive critique du livre Bihar al-Anwâr de l’'Allâma Majlisî. Considérant certains hadiths comme très éloignés du chiisme de l’Imam ‘Ali (a) et plutôt d’inspiration nationaliste, il insistait sur le fait que le respect de la religion se limitait à un domaine restreint de pratiques cultuelles et de questions métaphysiques, et que dans les autres domaines, l’Ijtihad (effort d'interprétation) et l’intérêt prédominaient sur les textes, permettant des changements ou des aménagements des questions religieuses, en fonction des conditions et des intérêts(de la société).

Dans les milieux imamites, les œuvres de Muhammad Taghî Shûshtarî, sur la critique des hadiths et de la nécessité de reconnaître les hadiths non-authentiques insérés dans le corpus[35], représentent un travail très différent de celui de purification dont nous avons parlé, et ses doutes sur certains mots et expressions du Nahj al-Balâgha[36] qui dans les milieux chiites jouit d’une grande réputation, ainsi que les critiques des sunnites semblaient très osées à l’époque.

Les positions des orientalistes

Chez les orientalistes le regard sur les hadiths n’était pas non plus très positif.

Les orientalistes jusqu’à la fin du XIXème siècle, n’étaient pas au courant des questions concernant la solidité des chaînes de transmission du texte et du contenu. C’est Ignác (Isaac Yehouda) Goldziher (1850-1921) qui entreprit des recherches sur les hadiths et donna un avis argumenté sur ce sujet. Des études qui seront repris par d’autres chercheurs comme Joseph Franz Schacht qui restera la référence des orientalistes jusqu’à la fin du XXème siècle[37].

Dans l’ensemble, nous pouvons dire que les critiques des orientalistes sur hadiths qui constituaient une grande partie de la tradition islamique, et les nouveaux besoins du monde islamique d’une reconstruction des références islamiques, ont attiré l’attention des musulmans sur cette partie de leur patrimoine religieux et permettant une vision plus positive qu'auparavant.

Le nouveau recours aux hadiths

L’Âyatullâh Burûjirdî (m. 1961) invita les centres d’enseignement islamique (hawza) à faire des recherches dans ce domaine, préparant le terrain à l’élaboration du livre Jâmi’ Ahâdith ash-Shî’a fî Aahkâm ash-Sharî'a. Cependant ce mouvement de recherche n’en était qu’à ses débuts.

A la même époque en Égypte, Ahmad Muhammad Shâkir (1957) un spécialiste sunnite des hadiths et directeur du Centre de hadiths d’Égypte, fit de grands efforts pour une révision et un commentaire des recueils importants de hadiths, qui contribuèrent à la rédaction de dizaines de livres dont Al-Kitâb wa al-Sunna qui, malgré son orientation salafiste, tentait à montrer le rôle important des hadiths à côté de la tradition prophétique dans l’élaboration des lois et la gestion de la société. Il critiquait ceux qui ne portaient pas assez d’attention aux hadiths.

Une solution moderne à ce problème

Durant les dix dernières années on assiste à un retour aux hadiths. Ce retour est dû aux phénomènes divers comme une volonté de revenir aux enseignements islamiques dans la législation, pour les relations sociales, concernant les questions familiales et en vu d'un approfondissement des sciences humaines du point de vue islamique, mais aussi la nécessité de répondre à des questions comme les droits de la femme, les relations entre la science et la religion, la question de la mondialisation, etc.

Ces questions ont même attiré les adhérents des milieux intellectuels et ceux des réseaux sociaux et scientifiques, qui jusque-là, ne s’étaient pas intéressés spécialement aux hadiths. Précisons que les hadiths auxquels ces milieux ont recouru, ne sont nécessairement pas, pour les spécialistes, des hadiths authentiques ou fiables.

Références

  1. Dictionnaire de Dihkhudâ
  2. Fath al Bâri, vol. 1
  3. Shaykh Bahâ'î dans son Vajîza
  4. Sîyûtî Tadrîb ar-Râwî, vol. 1, p. 184
  5. Ansârî, Al-Hudûd al-Anîqa, p. 85, Shahid Thânî Ar-Ri’âya, p. 49
  6. Qâsimî, Qavâ’id al-Tahdîth, p. 61
  7. Sahîh de Muslim b. Hujâj, vol. 1, p. 15, Sunan, at-Tirmidhî, vol. 5, p. 740
  8. Al-Mûta’ de Mâlik b. Anas, vol. 1, p. 300
  9. Shiybânî, vol. 1, p. 3 et 4
  10. Shiybânî, vol. 1, p. 10
  11. Kulaynî, vol. 1, p. 51-52, Qirtabî, vol. 1, p. 412
  12. Damas, 1408 de l’hégire
  13. Al Maghâlât du Cheikh Mufid, p. 124-125
  14. Les principes juridiques du Shaykh Tûsî, vol. 1, p. 397, Ma'ârij al-Usûl de l’Allâma Hillî, p. 1
  15. 'Amâri, p. 15
  16. Taftâzânî, 25
  17. Ba’ûni, vol. 1, p. 299
  18. Kashf al Murâd fî Sharh tajrîd al I'tiqâd, p. 415, Ibn Abî al-Hadîd, vol. 1, p. 24
  19. Kulaynî, vol. 1, p. 24, Diylamî, vol. 1, p. 398
  20. Kulaynî, vol. 1, p. 401
  21. Al Khisâl d’Ibn Bâbivayh, p. 627
  22. Al Dibâj de Sîyûtî, vol. 2, p. 404
  23. Tahâwî, vol. 1, p. 11
  24. Qom, 1983
  25. Beyrouth, 1426 de l’hégire
  26. Ibn Mâjih, vol. 2, p. 1367
  27. Téhéran, 1955
  28. Dihkhudâ, vol. 1, p. 252-480
  29. Dihkhudâ, vol. 1, p. 279
  30. Sahîh, vol. 12, p. 294
  31. Haji Khalifa, vol. 1, p. 51
  32. Akhbâri
  33. Abwâb al Hudâ d’Isfahânî
  34. Téhéran, 1989
  35. Al Akhbâr, 1-2
  36. Nah al-Balâgha
  37. Œuvres de Bahâ ad-Dîn walad

voir également

Les Quatre Livres