La bataille de la tranchée

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La bataille de la tranchée, 5 h. 627 a.c.

La bataille de la tranchée (en arabe : غزوة الخندق) est une des batailles du Prophète qui a eu lieu durant la 5ème année de l'hégire (627 a.c.). Cette bataille commença par un complot de la tribu Banu Nadhir. Dans cette guerre la tribu de Quraysh se coalisa avec tous ses alliés contre le Prophète. Les Quraysh voulaient ainsi se débarrasser une fois pour toutes de la communauté musulmane de Médine et de leur prophète, Muhammad (s). Cette bataille est appelée également la bataille des coalisés (Ahzâb), ou la bataille du fossé (Khandaq). Lors de cette guerre, les musulmans ont creusé une tranchée autour de Médine selon la proposition de Salman le Perse. Cette bataille est terminée par le retrait des Quraysh et les troupes coalisées contre le Prophète (s).

D'autres noms de la bataille

Cette bataille est appelée également la bataille des coalisés (Ahzâb), puisque Quraysh se coalisa avec d'autres tribus contre Muhammad (s) dans cette bataille[1].

La date de la bataille

D'après les historiens, cette bataille a eu lieu la 5ème année de l'hégire (627 a.c.)[2]. Il y a une divergence dans les sources historiques concernant le mois durant lequel cette bataille a eu lieu. Certaines l'ont indiqué lors du mois de Shawwal[3], d'autres lors du mois de Dhû al-Qa'da (du 8 au 23)[4]. Une autre narration précise le jeudi 10 Shawwal comme le début de cette bataille et le samedi 1 Dhû al-Qa'da comme sa fin[5].

Les causes de la bataille

Suite à l'immigration du Prophète (s) à Médine (622), il devient le dirigeant de cette ville et y prépare un traité que toutes les tribus (arabes et juives) de la ville acceptent et signent. Un des articles de ce traité oblige toutes les tribus de défendre Médine contre toute attaque étrangère. Deux ans plus tard les musulmans réussissent très victorieusement la bataille de Badr (624) contre les Quraysh mecquois ; puis en 625, ce sont les Quraysh de la Mecque qui gagnent la bataille de Uhud contre les musulmans de Médine. Suite à cette bataille, la tribu juive des Banu Nadir de Médine complotent contre le Prophète. Cet acte est considéré comme une grave trahison contre le traité en question. En conséquence, le Prophète les renvoie en exile à Khaybar. Vexés et blessés par cette punition, ces juifs se coalisent avec d'autres juifs de la région contre le Prophète pour l'attaquer. On peut considérer cela comme la cause principale de cette bataille.

Ainsi, des membres de deux tribus juives de Banû Nadir et Banû Wâ'il sont allés à la Mecque afin de convaincre Abû Sufyân et d'autres Qurayshites contre les musulmans de Médine et le Prophète (s). Ce qui a convenu aux Quraysh qui avaient des rancunes contre Muhammad (s) et ses alliés. Ils se sont donc tous coalisés contre les musulmans[6].

Ensuite les juifs sont allés auprès de la tribu de Ghatafân et lui ont donné la promesse de l'achat d'une année de leur produit de datte de Khaybar afin d'avoir leur accord de coalition contre les musulmans[7]. Suite à cela, ils ont eu également l'accord de coalition des Abu Sulaym b. Mansûr contre les musulmans de Médine[8].

Le nombre des musulmans

Le nombre des coalisés de toutes les tribus lors de cette bataille remontait à 10 000 [9]personnes dont 4 000 (avec 300 chevaux et 1 500 chameaux) étaient des Qurayshites[10]. Dans certaines sources ce chiffre est mentionné égal à 24 000 personnes (toutes tribus confondues : Quraysh, Qatafan, Sulaym, Asad, Ashja', Qurayza, Nadhir, etc.)[11]. En revanche, le nombre des musulmans était, d'après ces sources, égal à 3 000 personnes[12].

La proposition de Salman

Article connexe : Salman al-Farsi.

Lors qu'un groupe des compagnons du Prophète (s) de la tribu Khuzâ'a a rapporté au Prophète la nouvelle de la coalition de toutes ces tribus contre eux, le Prophète a fait part aux gens de son hésitation entre rester dans la ville de Médine et de sortir de la ville. Salman le perse lui dit alors : en Iran nous étions de temps en temps menacés par les cavaliers ennemis; nous creusions alors une tranchée autour de notre installation.

De l'autre part, les gens de Médine qui n'avaient pas encore oublié la perte de la bataille de Uhud à cause de leur désaccord avec l'avis du Prophète, ont choisi de rester dans la ville et on adopté la proposition de Salman, de creuser une tranchée.

Il faut préciser que de creuser une tranchée n'était pas courant dans les stratégies de guerre parmi les arabe de l'époque, et cette stratégie proposée par Salman, a à la fois épaté les musulmans et choqué leurs ennemis[13].

La construction de la tranchée

Le prophète a donné aux gens l'ordre de creuser un fossé devant eux, lors qu'ils faisaient dos à la montagne de Sal'[14], et de commencer ce fossé à partir de Muzâz (une forteresse à l'ouest de la mosquée de Fat'h) et de le continuer jusqu'à la zone Zubâb et la montagne de Râtij (à côté de la montagne de Abu 'Ubayd à l'ouest de Bat'hân)[15]. Il a confié la construction de chaque partie de la tranchée à une tribu[16], et la construction de chaque 40 coudées de la tranchée, a un groupe de dix personnes[17].

D'après une autre narration, la construction de la tranchée a été partagée parmi les compagnons de cette façon : les Muhâjirûn se sont chargés de creuser la terre entre Râtij et Zubâb, et les Ansâr ont pris en main la partie entre Zubâb et la montagne de Banu 'Ubayd[18].

Le prophète lui-même a participé également à la construction du fossé en creusant la terre[19]; puis il a mis en place des portes à divers endroits du fossé ainsi qu'un homme, issu de chaque tribu, en tant que gardien d'une porte[20]. La construction de la tranchée a duré six journées entières, une affaire à laquelle les enfants et les adolescents ont aussi participé.

Les lieux d'installation des deux camps

Les coalisés, constitués de trois armées sous le commandement de Abû Sufyân b. Harb, sont arrivés à Médine. Les Quraysh, avec les diverses tribus coalisées (les Ahâbish, la tribu Kunâna et la tribu Tihâma) se sont installés dans un endroit entre Jurf et Zaghâba, nommé Ruma; la tribu Ghatfân et ses coalisés se sont installés près de la montagne de Uhud.

Le Prophète et les musulmans, eux, se sont installés de leur côté au pied de la montagne de Sal' et ont placé les femmes et les enfants dans des lieux sécurisés[21].

La trahison des Banu Qurayza

L'étape la plus éprouvante de cette bataille pour les musulmans fut quand ils ont su que la tribu juive de Banu Qurayza qui avait promis auparavant de rester neutre en cas de guerre, se sont coalisés avec les Quraysh. Après avoir reçu cette nouvelle décevante le Prophète envoya les chefs (Sa'd b. Mu'âz et Sa'd b. 'Ubâda) des deux tribus de Aws et Kahzraj auprès des Banu Qurayza afin de vérifier la vérité de la transition de Banu Qurayza, et leur demanda de lui transmettre le résultat discrètement, si c'est vrai, pour ne pas démoraliser les musulmans. Or, les Banu Qurayza réagirent face à ces deux envoyés avec une violence verbale extrême. Les deux chefs retournèrent alors et rapportèrent la nouvelle de la trahison des Banu Qurayza au Prophète en mentionnant les noms des deux tribus 'Adal et Qâra. Il est dit que leur intention de prononcer le nom de ces deux tribus, était de rappeler la trahison de ces deux dernières à l'égard de Khubayb b. 'Adî et ses compagnons à Raji'[22].

Les circonstances difficiles des musulmans

Les musulmans n'avaient plus de sécurité par derrière (à l'intérieur de Médine) à cause de l'hostilité des Banu Qurayza et avaient peur pour leurs familles, et par devant ils étaient confrontés aux Mecquois qui réussissaient à traverser la tranchée par des endroits étroits[23]. Ils subissaient ainsi beaucoup de peur et d'angoisse dont parle très explicitement le Coran [24]; peur et angoisse qui les faisaient douter dans les promesses de Dieu. Cette peur, parait-il, était si grande que par exemple Mu'attab b. Qushayr aurait dit :

" Muhammad nous donnait la promesse des palais de Qaysar! Or, aujourd'hui personne n'ose même pas sortir pour faire ses besoins "[25].

Les musulmans surveillaient la tranchée, jours et nuits, dans l'extrême famine[26]. Certains miracles ont été rapportés concernant la manière dont le Prophète les aurait nourri[27].

Certains musulmans comme Banû Hâriha, en trouvant un prétexte comme l'insécurité de leur maison contre l'attaque de l'ennemi, demandaient au Prophète l'autorisation de rentrer chez eux[28].

A propos des attaques de Khâlid b. Walîd, 'Amru b. 'Âs et Abû Sufyân, ainsi que d'autres attaques importantes comme le récit de Sa'd b. Ma'âz, différentes narrations ont été rapportées[29].

La trahison de Banu Qurayza, le froid et la famine [30] étaient les épreuves difficiles que les musulmans devaient surmonter dans cette bataille dont le Coran parle également [31].

La menace des Banu Qurayza

Lorsque la probabilité de l'attaque nocturne des Banu Qurayza au centre ville de la Médine augmenta, le Prophète chargea deux groupes (environ 500 personnes) de ses compagnons de surveiller les maisons des musulmans; ceux-ci récitaient le takbîr (la formule : Allah-u Akbar) jusqu'au matin puisqu'en fin de compte, les musulmans avaient plus peur des Banu Qurayza contre leurs femmes et leurs enfants, qu'ils n'en avaient pas des Quraysh contre eux-mêmes[32].

Leur peur fut tant, qu'une de ces nuits remplies d'angoisse, deux groupes des musulmans se confortèrent et se prirent réciproquement pour des juifs de Bnu Qurayza, et tirèrent les uns sur les autres. Suite à cet événement, ils décidèrent de prononcer le slogan "Ha mîm! Lâyansarûn" pour ne pas reproduire de tel drame[33].

L'achèvement de la bataille

Cette bataille et l'encerclement des musulmans dura une quinzaine de jours. Malgré la peur, cette bataille a laissé peu de mort parmi les deux camps, contrairement à d'autres batailles. Dans l'ensemble, six musulmans et huit personnes des groupes coalisés ont perdu la vie. Divers versets coraniques parlent de cette guerre, à savoir : Sourate al-Baqara, verset 214; Sourate An-Nisâ', verset 51-55; Sourate al-Ahzâb, versets 9-25.

Outre la bravoure de Ali b. Abi Tâlib (a), les historiens ont mentionné trois facteurs importants comme causes de l'achèvement de la bataille de la tranché, avec le résultat victorieux pour les musulmans :

  1. Le rôle principal de Nu'aym b. Mas'ûd Ashja'î de la tribu Ghatfân qui s'est converti discrètement à Islam sans qu'aucun des mécréants le sache. Nu'aym alla chez le Prophète et lui dit : " dirige les ennemis vers le désaccord et la faiblesse "; et lui demanda l'autorisation pour semer la division entre les coalisés. Le Prophète le lui permit et dit que la guerre est une astuce. Nu'aym alla donc auprès des Banu Qurayza avec qui il avait des liens auparavant; leur a indiqué leurs divergences avec les Quraysh - en rappelant qui pouvaient retourner chez eux dès qu'ils le voudraient et qu'ils étaient capables de les abandonner à chaque instant - et leur a conseillé de leur prendre des otages afin de se rassurer que les Quraysh resteraient loyales à leur égard dans la guerre contre les musulmans. Il alla ensuite auprès des Quraysh et des Ghatfân, et leurs a rapporté l'intention de la tribu de Banu Qurayza et leur a dit qu'ils regrettaient d'avoir trahi le Prophète. Il a semé, de cette manière, la méfiance et la discorde entre-eux[34].
  2. Selon Wâqidî, lorsque les ennemis sont arrivés à Médine, il n'y avait plus d'agriculture, puisque les gens avaient déjà récolté depuis un mois, tout ce qu'ils avaient planté. Les herbes qui s'y trouvaient n'étaient pas suffisantes pour nourrir les chevaux et les chameaux qui commençaient à souffrir de maigreur. La terre de Médine était toute sèche à cause du manque de pluie[35].
  3. Le dernier facteur de la victoire des musulmans, selon Ibn Sa'd[36], était dû aux prières du Prophète et les miracles qui ont eu lieu suite à ses prières. D'après lui le Prophète aurait fait des prières durant trois jours consécutifs (lundi, mardi et mercredi) à la mosquée de Ahzâb lors desquelles il demandait à Dieu de faire fuir les coalisés et de les défaire ; il continue que suite à ces prières, sa demande a été exaucée un mercredi, lors d'un temps entre la prière du midi et la prière de l'après-midi, où une horrible tempête eut lieu et emporta tous les tantes et foyers des ennemis[37]. Ce fait a été également mentionné comme un recours divin, dans le Coran[38].

Les effets de la défaite des coalisés

La défaite des coalisés et leur retour de la bataille, fut un grand choque pour les Mecquois ; cet événement a diminué le pouvoir des Quraysh et a augmenté considérablement l'autorité de la communauté musulmane. Suite au retour des ennemis à la Mecque le Prophète dit :

" Désormais, ce serons nous qui ferons la bataille contre eux, et ce seront eux qui ne reviendront plus à notre encontre ".

Et ce fut ainsi que plus tard, Dieu conquit la Mecque par la main de Son Envoyé.

La construction d'une mosquée sur les anciens lieux de bataille

La mosquée de Salman le perse à Médine. C'est une des sept mosquées (Sab'a) situées sur la montage de Sal'

Sur la montage de Zubâb, connue sous le nom de Jabal al-Râya, sur l'emplacement du lieu où le Prophète observait la construction de la tranchée et où il avait monté sa tante et où il effectuait des prières, une mosquée appelée la Mosquée al-Raya, avait été construite. Cette mosquée a été réaménagée récemment.

Une autre mosquée, connu sous le nom de Fat'h (ou la Mosquée Ahzâb, ou la Mosquée A'lâ) avait été construite sur la montagne de Sal', sur un lieu où le Prophète faisait ses prières de supplication pour demander de l'aide divine. Cette mosquée, avec six autres, construites toutes sur la montage de Sal', sont appelées les Mosquées Sab'a (les sept mosquées), elles sont aussi appelées les Mosquées de Fat'h (les mosquées de victoire).

En l'an 1424 h., une grande mosquée a été construite sur cette montagne qui a pris en son sein plusieurs anciennes petites mosquées Sab'a, et on l'a baptisée la Mosquée Khandaq.

Une de ces sept mosquées s'appelle la Mosquée de Fâtima Zahrâ, mais cela fait un moment que le régime saoudien a fermé ses portes sur les pèlerins, et a blindé ses entrées par les blocs de ciment.

Voir aussi

La bataille de Badr
La bataille de Uhud
Conquête de La Mecque
La bataille de Hamrâ' al-Asad
La bataille de Banû Nadîr
La bataille de Banû Qurayza
La bataille de Hudaybîyya
La bataille de Khaybar
La bataille de Hunayn
La bataille de Tabûk

Références

  1. Ibn Sa'd, vol.2, p.65
  2. Ibn Hishâm, vol.3, p. 224; Tabari, Târikh, vol.2, p. 564
  3. Ibn Hishâm, vol.3, p. 224; Tabari, Târikh, vol.2, p. 564
  4. Wâqidî, vol.2, p.440; Balâdhurî, vol.1, p. 409
  5. Ibn Habib, 113
  6. Wâqidî, vol.2, p.441-442; Tabari, vol. 2, p. 565; Balâdhurî, vol.1, p. 409
  7. Wâqidî, vol.2, p.442-443; Tabari, vol. 2, p. 566
  8. Balâdhurî, vol. 1, p. 409
  9. Ibn Hishâm, vol.3, p. 230; Ibn Sa'd, vol. 2, p. 66
  10. Wâqidî, vol.2, p. 443
  11. Mas'ûdî, p.250
  12. Wâqidî, vol.2, p.453; Ibn Sa'd, vol.2, p.66; Tabarî, Târîkh, vol.1, p.570; Mas'ûdî, p. 250; en outre Ya'qûbî, vol.2, p.50 a mentionné ce nombre égal à 700 hommes seulement
  13. Wâqidî, vol. 2, p. 445; Ibn Hishâm, vol.3, p. 235; Balâdhurî, vol.1, p. 409-410
  14. Balâdhurî, vol.1, p. 410
  15. Wâqidî, ibid.
  16. Ya'qîbî, ibid.
  17. Tabarî, vol.2, p.568
  18. Wâqidî, vol.2, p.446; Ibn Sa'd, vol.2, p.66
  19. Ibn Hishâm, vol.3, p.226; Ibn Sa'd, vol.2, p.66-71
  20. Ya'qûbî, ibid.
  21. Ibn Sa'd, vol.2, p.66; Ibn Athîr, vol.2, p. 180
  22. Wâqidi, vol.2, p.458-459; Tabari, vol.2, p.571-572
  23. Wâqidî, vol.2, 464-474
  24. Sourat al-Ahzâb, versets 10-12
  25. Ya'qûbî, vol.2, p.51; Tabarî, vol.2, p. 572; Ibn Hishâm, vol.3, p. 233
  26. Wâqidî, vol.2, 465-468
  27. Abû Nu'aym Isfahânî, p. 433
  28. Voir le Coran, sourate al-Ahzâb, verset 13; Wâqidî, vol.2, p. 463; Ibn Habîb, p. 469; Tabarî, Jâmi'  : chapitre Ahzâb
  29. Wâqidî, vol.2, p.264-266; Ibn Sa'd, vol.2, p. 67; Balâdhurî, vol.1, p. 414
  30. Ibn Hishâm, p. 243
  31. Coran sourate al-Baqara, verset 214; Wâqidî, vol.2, p. 495
  32. Wâqidî, vol.2, p.460-468; Ibn Sa'd, vol.2, p.67
  33. Wâqidî, vol.2, p. 474
  34. Wâqidî, vol.2, p. 480-482; Idn Hishâm, vol.3, p. 241-242; Tabarî, p.578-579
  35. Wâqidî, vol.2, p. 444
  36. Ibn Sa'd, vol.2, p.73-74
  37. Ibn Hishâm, vol3, p. 242-243; Tabarî, vol.2, p. 578-579; Abû Na'm Isfahâni, p. 435-436
  38. Sourate Ahzâb, verset 9