Hadith Yawm ad-Dâr

De Wiki Shia
(Redirigé depuis Le hadith de Yawm al-Indhâr)
Aller à : navigation, rechercher

Hadith Yawm ad-Dâr (en arabe:حدیث یوم الدار), également connu sous le nom de Hadith Yawm al-Indhâr et Hadith al-'Ashîra, est un hadith du Prophète (s) dans lequel il demande à ses proches parents d'accepter son appel à l'islam et il nomme Ali b. Abi Talib (a) en tant que son successeur immédiat.

Selon les sources historiques et les sources interprétatives des hadiths et des versets coraniques, ce hadith fut prononcé en troisième année après Bi'tha (la mission prophétique de Muhammad (s)), lorsque sur l’ordre de Dieu dans le verset 214 de la sourate ash-Shu'arâ'- connue sous le nom du verset al-Indhâr ou l’avertissement- il prit la charge d’inviter ses proches parents à l'Islam. Ce hadith est l'une des preuves invoquées par les éruduits de Kalâm de l'Imamiyya, démontrant la succession immédiate de l’Imam Ali (a) au Prophète (s).

Lexicologie

"Yawm" (en arabe: الیوم) signifie le jour. Il est également utilisé en arabe pour désigner un événement. Par exemple, Yawm al-Jamal signifie l'événement ou la bataille de Jamal et "dâr" (دار) signifie la maison ; dans ce contexte, il se réfère à la maison du Prophète (s). Ainsi, la phrase signifie l'événement de la maison du Prophète (s). Il fut également appelé "Bid’ad-Da'wa" (بدء‌الدّعوه) qui signifie le début de l'invitation, et "Yawm al-Indhâr ( یوم الانذار) qui signifie l'événement de l'avertissement.

Dans certaines sources historiques de hadiths, l'événement du meurtre de Uthman bin Affan fut également appelé Yawm ad-Dâr.[1]

Histoire

Selon les sources historiques de l’islam et les exégèses du Coran, trois ans après Bi’tha (612 C) le verset al-Indhâr fut révélé au Prophète (s). Il ordonna aussitôt à Ali b. Abi Talib (a) de fournir un repas et d’inviter les fils d'Abd al-Muttalib à un banquet, afin qu'il les invite à l'Islam. Environ 40 personnes, dont Abu Talib, Hamza et Abu Lahab participèrent à cette réunion.

Il est dit qu'il n'y avait pas beaucoup de nourriture, mais tout le monde manga suffisamment sans que la quantité de nourriture se réduise. Abu Lahab a dit : "Muhammad a fait de la magie!" Ces mots dissuadèrent le Prophète (s) d'exprimer son invitation, et la réunion finit sans aucun résultat. Sur l’ordre du prophète, Ali (a) fut de nouveau chargé de préparer un banquet. A la deuxième ou la troisième tentative, après le repas, le Prophète (s) dit:

"یا بَنِی عَبْدِالْمُطَّلِبِ إِنِّی وَاللَّهِ مَا أَعْلَمُ شَابّاً فِی الْعَرَبِ جَاءَ قَوْمَهُ بِأَفْضَلَ مِمَّا جِئْتُکُمْ بِهِ إِنِّی قَدْ جِئْتُکُمْ بِخَیرِ الدُّنْیا وَالْآخِرَةِ وَ قَدْ أَمَرَنِی اللَّهُ تَعَالَی أَنْ أَدْعُوَکُمْ اِلَیهِ فَأَیکُمْ یؤَازِرُنِی عَلَی هَذا الْأَمْرِ عَلَی أَنْ یکُونَ أَخِی وَ خَلِیفَتِی فِیکُم؟"

"O les fils d'Abd al-Muttalib! par Dieu, je ne connais aucun jeune parmi les arabes qui ait apporté à son peuple quelque chose de meilleur que ce que je vous ai apporté ; Je vous ai apporté la bonté de ce bas monde et de l’Au-delà, et Dieu m'a ordonné de vous appelle à Lui. Alors lequel, parmi vous m'aidera dans cette mission pour être mon frère et mon successeur parmi vous ?"

Personne ne lui répondit. Sauf Ali (a) qui était le plus jeune de tous dans cette réunion. Il a dit :

"O Messager de Dieu, je t'assisterai".

Le Prophète (s) a dit:

""إِنَّ هَذَا أَخِی وَ وَصِیی وَ خَلِیفَتِی فِیکُمْ فَاسْمَعُوا لَهُ وَأَطِیعُو"

"Ceci (Ali) est mon frère, mon légataire et mon successeur parmi vous, écoutez-le et obéissez-le".

Tout le monde ria et se leva en disant ironiquement à Abu Talib : "Muhammad vous a ordonné d'obéir à votre fils et de l'écouter".[2]

Les historiens et les exégètes du Coran mentionnèrent cet événement sous différentes appellations.[3]

Désaccords

Désaccord sur le lieu de cet événement

Selon toutes les sources, le Prophète (s) avertit ses proches parents dans cet événement, mais il y a un désaccord sur les interprétations du Prophète (s) et l'endroit où l'événement eut lieu. Selon certains hadiths dans les sources des sunnites, après que le verset eut été révélé, le Prophète (s) monta sur la colline de Safâ, avertit les gens et les invita à l'Islam.[4] Cependant, selon la plupart des sources chiites et de nombreuses sources des sunnites, l'événement se passa dans la maison du Prophète (s) où Ali (a) fut nommé comme le successeur du Prophète (s).

Désaccord sur les paroles du Prophète (s)

Selon 'Allama Amînî,[5] en plus du hadith mentionné ci-dessus, il en existe six autres versions dans les sources historiques des musulmans :

  • «مَن یبَایعُنی عَلی اَنْ یکونَ اَخی وَ صاحِبی وَ ولیکمْ مِنْ بَعْدی؟»
"Qui me prête son allégeance afin d’être mon frère et mon compagnon et votre maître (Wali) après moi ?[6]"

Dans ce rapport, le mot Khalifa (le calife, le successeur) est remplacé par le mot Wali (ولی) (le maître) et ce terme n’existe pas dans le premier rapport. Etant donné que le mot "wali", signifie le maître, on peut dire que ce dernier rapport soutiendra le premier.

  • «.أَیکمْ ینْتَدِبُ أَنْ یکونَ أَخِی وَ وَزِیرِی وَ وَصِیی وَ خَلِیفَتِی فِی أُمَّتِی وَ وَلِی کلِّ مُؤْمِنٍ.... اللَّهُمَّ امْلَأْ جَوْفَهُ عِلْماً وَ فَهْماً وَ حُکماً ثُمَّ قَالَ لِأَبِی طَالِبٍ یا أَبَا طَالِبٍ اسْمَعِ الْآنَ لِابْنِک وَ أَطِعْ فَقَدْ جَعَلَهُ اللَّهُ مِنْ نَبِیهِ بِمَنْزِلَةِ هَارُونَ مِنْ مُوسَی»
"Lequel de vous voudrait être mon frère et mon assistant (Vazir), mon successeur et mon calife parmi mon peuple (umma) et le maître (wali) de tous les croyants ? ... Ô Dieu, remplis son cœur de connaissance, de compréhension et de sagesse. Il se tourne ensuite vers son oncle, Abu Talib et dit : Ô Abu Talib! Écoute ton fils et obéis-lui, puisque, Dieu lui a placé par rapport à son Prophète (s) au rang de Aaron par rapport à Moïse !"[7].

Ce dernier rapport soutien non seulement le deuxième, mais se réfère également au Hadith al-Manzila en soulignant la succession immédiate de l'Imam Ali (a).

  • «.مَنْ یؤَاخِینِی وَ یوَازِرُنِی وَ یکونُ وَلِیی وَ وَصِیی بَعْدِی وَ خَلِیفَتِی فِی أَهْلِی وَ یقْضِی دَینِی»
"Qui sera mon frère, mon assistant jusqu'à ce qu'il deviendra le maître, le successeur et le calife après moi parmi mon peuple (ahl) et remboursera mes dettes?"[8]

Cela renforce le rapport précédent.

  • «وَ إِنَّ اللَّهَ لَمْ یبْعَثْ نَبِیاً إِلَّا وَ جَعَلَ لَهُ مِنْ أَهْلِهِ أَخاً وَ وَزِیراً وَ وَارِثاً وَ وَصِیاً وَ خَلِیفَةً فِی أَهْلِهِ فَأَیکمْ یقُومُ فَیبَایعُنِی عَلَی أَنَّهُ أَخِی وَ وَارِثِی وَ وَزِیرِی وَ وَصِیی وَ یکونُ مِنِّی بِمَنْزِلَةِ هَارُونَ مِنْ مُوسَی إِلَّا أَنَّهُ لَانَبِی بَعْدِی؟»
"Dieu n'a jamais envoyé un prophète à moins qu'Il lui ait choisi, un frère, un assistant, un héritier, un successeur et un calife parmi son peuple et pour son peuple. Maintenant, qui d'entre vous, se lèvera et me prêtera le serment d’allégeance afin d'être mon frère, mon héritier, mon assistant, mon successeur et être à moi comme ce qu'était Aron à Moïse (avec la seule différence que il n'y aura pas de prophète après moi) ?"[9]

Ce rapport renforce le premier; en plus, il implique le contenu du hadith al-Manzila.

  • فَأَیکمْ یبَایعُنِی عَلَی أَنْ یکونَ أَخِی وَ صَاحِبِی وَ وَارِثِی....»
"Lequel de vous fera le serment d’allégeance à moi (afin) d'être mon frère, mon compagnon et mon héritier?"[10]

Dans ce rapport l'expression « calife» n'a pas été prononcée, mais c'est le terme «héritier» (wârith) qui a été écrit.

  • «.أَنَا أَدْعُوکمْ إِلَی کلِمَتَینِ خَفِیفَتَینِ عَلَی اللِّسَانِ ثَقِیلَتَینِ فِی الْمِیزَانِ شَهَادَةِ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَ أَنِّی رَسُولُ اللَّهِ فَمَنْ یجِبْنِی إِلَی هَذَا الْأَمْرِ وَ یؤَازِرْنِی عَلَیهِ وَ عَلَی الْقِیامِ بِهِ یکنْ أَخِی وَ وَصِیی وَ وَزِیرِی وَ وَارِثِی وَ خَلِیفَتِی مِنْ بَعْدِی»
"Je vous appele à deux mots qui sont légers sur la langue, mais qui sont lourds sur l'échelle des actes : Attester qu'il n'y a pas qu'un seul Dieu et que je suis le messager d'Allah ; alors quiconque accepte mon appel à cette mission et m’assiste dans ce travail et s'en charge sera mon frère, mon successeur, mon assistant, mon héritier et mon calife après moi."[11]

Ce rapport montre également que l'Imam Ali (a) est le successeur immédiat du Prophète (s).

Importance

Ce hadith est l'un des hadiths les plus importants en faveur de la succession immédiate de l'Imam Ali (a) après le Prophète (s). De nombreux érudits chiites de Kalâm (théologie) constituèrent les preuves de la succession de l’Imam Ali (a), en se référant à ce hadith.[12] L’Imam Ali (a) lui-même se référa à ce hadith contre ses adversaires.

‘Allama Amini, dans son livre ''Al-Ghadîr'', examine en détail ce hadith et ses différentes manières de narration.[13]
Cheikh al-Mufid se réfère au hadith Yawm ad-Dâr dans son interprétation du mot "Mawla" (le maître, le tutelle et le gardien) dans le Prêche d'al-Ghadîr et il prouve ainsi le califat et le Wilâya de l'Imam Ali (a). Comme d'autres théologiens chiites, il croit que Wilâya et la succession de l'Imam Ali (a) ne furent pas mentionnés seulement dans le Prêche d'al-Ghadîr, mais le prophète (s) l'indiqua à plusieurs reprise, telle que Yawm ad-Dâr. Selon lui, la plupart des narrateurs chiites et sunnites des hadiths mentionnèrent ce hadith en tant que Mustafîd ( المستفیض ) (Le hadith al-Mustafîd est un hadith qui a au moins trois transmetteurs à chaque niveau), ce qui veut dire au moins trois différents narrateurs de hadiths le rapportèrent.[14]

Voir Aussi

Références

  1. Thaqafî Ibrâhîm b. Muhammad, Al-Ghârât, p 180, Edition Dâr al-Kitâb, Qom, 1410 H; Ibn Abî-l Hadid Mu’tazelî, Sharh-i Nahjul Balâgha, vol II, p166, Edition Kitâbkhâneh Âyatullah Mar’ashî Najafî, Qom, 1404 H ; Hillî, Hasan b. Yusuf, Nahj al-Hagh wa Kashf as-Sedq, p 302, Edition Dâr al-Hijra, Qom, 1407 H ; Cheikh Mufîd, al-Fusûl al-Mukhtâra, p 96, Edtion Kongirih-yi Jahânî-yi Cheikh Mufîd, Qom,1413 H ; Ibn Muzâhim, Nasr b. Sayyâr Munghirî, Wigha’t as-Saffiyn,Edition Kitâbkhâneh Âyatullah Mara’shî Najafî, Qom, 1403 H
  2. At- Tabarî Muhamad b. Jarîr, Târikh al-Umam wa-l Mulûk, vol II, p 279, Edition Dâr al-Qâmûs al-Hadith, Beyrouth; At-Tûsî, Jalâl ad-Dîn, vol VIII, p 68; Ibn Tâwûs, Ali b. Mûsâ, At-Tarâ’if, vol I, p 121, Qom, 1400 H; Haskânî, Abdûllah b. Ahmad, Shawâhid at-Tanzîl li Qawâ’id at-Tafzîl, vol I, p 543, Sâzmân-i Châp wa Intishârât-i Wizârat-i Irshâd-i Islâmî, Téhéran, 1411 H
  3. Ibn Athîr, Al- Kâmil fi at-Târikh, vol II, pp. 60-63, Beyrouht, 1399 H ; Ibn kathîr, Al-Bîdâya wan-Nîhâya, vol II. pp 50-54, Edition Dâr Ahyâ at-Tarâth al- Arabî, Beyrouht, 1413 H; Ibn Kathîr , Ismâ’îl b. ‘Amrû, Tafsîr al-Qurân al- Azîm, vol. VI, pp 151-153, Dar al- Kutub ul- ‘ilmîyya, Manshûrât Muhammad Ali Baydûn, Beyrouht, 1429 H; Tabarsî, Fadl b. Hasan, Majma’ il-Bayân fî Tafsîr al-Qurân al-‘Azîm, vol VII, p 206, Dâr al- Ma’rifa, Tehrân, 1406 H; Bahranî, Seyyed Hâchim, al- Burhân fit-Tafsîr al-Qurân, vol IV, pp 186-189; Bunyâd Bi’that, Téhéran, 1416 H; Farât Kûhî Abu al-Qâsim Farât b. Ibrâhîm, Tafsîr-i Farât Kûhî, p 300, Sâzmân-i Châp wa Intîshârât-I Wizârat-i Irshâd-i Islâmî, Téhéran, 1416 H; As-Suyutî Jalâl ad-Dîn, Dur ral-Manthur, vol 5, p 97, Kitâbkhâneh Âyatullah Mara’shî Najafî, Qom, 1404 H; Haskânî, Abdûllah b. Ahmad, Shawâhid at-Tanzîl li Qawâ’id at-Tafzîl, vol I, pp 442-543, Sâzmân-i Châp wa Intishârât-i Wizârat-i Irshâd-i Islâmî, Téhéran, 1411 H; Ibn Hishâm, As-Sîrat al-Nabawiyya,vol I, p 262, al-Maktab al-‘Ilmiyya, Beyrouth
  4. Fakhrî Râzî, vol 24, p 536
  5. Amînî ‘Abd ul-Husayn, Al-Ghadîr fî Kitâb was-Sunna wa l-Adab, vol II, pp 179-180, Markaz al-Ghadîr li-l Darasât al-Islâmiyya, Qom, 1416 H
  6. Amînî ‘Abd ul-Husayn, Al-Ghadîr fî Kitâb was-Sunna wal-Adab, vol.III, p. 398, Markaz al-Ghadîr lil Darasât al-Islâmiyya, Qom, 1416 H
  7. Salîm b. Qays ,vol.II, p 779
  8. Th’albî, p163
  9. Amînî ‘Abd ul-Husayn, Al-Ghadîr fî Kitâb was-Sunna wal-Adab, vol.II, p. 283, Markaz al-Ghadîr lil Darasât al-Islâmiyya,
  10. Ahmad Hanbal, vol.I, p 159 ; At-Tabarî, vol.I, p 217 ; Hâfiz Nisâ’i,p.18, Ganjî Shâfi’î, p 179
  11. Ibn Abî Hâtam, vol 9, p 289 ; Baghawî, vol. III, p. 400, Ibn Taymiyya, vol. IV, p.80.
  12. Cheikh Mufîd, Risâla fî Ma’ânî al-Mazwlâ, pp. 39-40, Intishârât-i Kongiri-yi Jahânî-yi Cheikh Mufîd-i Qom,1413 H; Cheikh Mufîd, Al-Fusûl al-Mukhtâra, p 96, Edtion Kongirih-yi Jahânî-yi Cheikh Mufîd, Qom,1413 H; Nabâtî Bayâdi Ali b. Yûnîs, As-Sirât al-Mûstaqîm, Kitâbkhânih-yi Hiydariyya, Najaf, 1384 H; Ibn Tâwûs, Ali b. Mûsâ, At-Tarâ’if, vol I, p 121, Qom, 1400 H
  13. Amînî ‘Abd ul-Husayn, Al-Ghadîr fî Kitâb was-Sunna wal-Adab, vol.II, pp 279-280, Markaz al-Ghadîr lil Darasât al-Islâmiyya, Qom, 1416
  14. Cheikh Mufîd, Risâla fî Ma’ânî al-Mawlâ, pp. 39-40, Intishârât-i Kongirih-yi Jahânî-yi Cheikh Mufîd-i Qom, 1413 H