Le verset de Mavaddat

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Le « verset de Mavaddat » (en arabe : آية المودة) est une partie du verset 23 de la sourate «Ash-Shoûrâ»(consultation) sur les particularités des Ahl-ul-Bayt et l’amour envers les Membres de la famille prophétique présenté comme salaire du Prophète. Voici le verset :

ذَٰلِكَ الَّذِي يُبَشِّرُ اللَّهُ عِبَادَهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ ۗ قُلْ لَا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ أَجْرًا إِلَّا الْمَوَدَّةَ فِي الْقُرْبَىٰ ۗ وَمَنْ يَقْتَرِفْ حَسَنَةً نَزِدْ لَهُ فِيهَا حُسْنًا ۚ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ شَكُورٌ

Traduction: Telle est la [bonne nouvelle] qu'Allah annonce à ceux de Ses serviteurs qui croient et accomplissent les bonnes œuvres ! Dis : "Je ne vous demande aucun salaire si ce n'est l'affection envers les membres de la famille". Et quiconque accomplit une bonne action, Nous répondons par [une récompense] plus belle encore. Allah est certes, Pardonneur et Reconnaissant.

Étude du vocabulaire

Le terme mavaddat (الْمَوَدَّةَ) signifie amitié et amour[1]. Le terme al-qurba (الْقُرْبَىٰ) signifie les proches de la famille (Famille du Prophète ou Ahl al-Bayt)[2].

Contexte de la Révélation

Tous les commentateurs chiites et de nombreux commentateurs sunnites ont rapporté d’Ibn Abbâs qu’après l’émigration du Prophète à Médine, les habitants de Médine qui avaient accueilli le Prophète, se mirent à discuter sur le projet de gouvernement islamique. Ils décidèrent de proposer au Prophète de mettre tout ce qu’ils avaient à sa disposition pour le développement de l’islam et la gestion de la nouvelle société musulmane et de ses besoins financiers, ajoutant que toute décision et action de sa part, seraient les bienvenues.

C’est alors que ce verset fut révélé au Prophète[3] présentant l’amour de ses proches et non un quelconque bien matériel, comme salaire de la prophétie.

Le sens du terme al-qurba(الْقُرْبَىٰ)

Les commentateurs du Coran ont donné des avis différents sur ce terme:

1.La plupart des commentateurs ont expliqué que ce verset s’adressait à la tribu de Quraysh et que Dieu avait ordonné au Prophète qui s’opposait à leurs dieux, de leur dire que s’ils ne croyaient pas en lui, qu’ils le laissent au moins tranquille à cause des liens de parenté qui les unissaient.

Le terme al-qurba(الْقُرْبَىٰ) a été pris dans le sens de « gens reliés par des liens familiaux » et non dans le sens d’une filialité sanguine.

2.Certains ont dit que « l’amour envers les proches » n’était pas une recommandation faite aux Qurayshites mais une recommandation aux «Ansârs» (habitants de Médine) qui avaient apporté une somme d’argent au Prophète pour ses dépenses personnelles. Le Prophète avait refusé et leur avait recommandé, au lieu de ce salaire, l’amour de ses proches, c'est-à-dire les gens de la lignée de sa mère Âmina, présents à Médine.

3.Certains ont dit que «الْمَوَدَّةَ فِي الْقُرْبَىٰ» était l’amour des proches, et que ce verset s’adressait à la tribu des Qurayshites ou aux musulmans en général, dans le sens où le Prophète demandait aux gens d’aimer leurs proches et de respecter les liens familiaux.

4.Certains ont déclaré que le sens de «الْمَوَدَّةَ فِي الْقُرْبَىٰ» était l’amour de Dieu et l’effort pour se rapprocher de Lui par l’obéissance. Le sens de ce verset serait alors : « Je ne vous demande aucun salaire en dehors de vos efforts pour vous rapprocher de Dieu et L’aimer. »[4]

Les savants chiites ont répondu à ces quatre interprétations qu’ils ont toutes réfutées. Pour plus de renseignements, se référer aux articles cités à la fin de texte.

5.Ces commentateurs ont expliqué l'expression «الْمَوَدَّةَ فِي الْقُرْبَىٰ» par l’amour des membres de la famille du Prophète, et de nombreux hadiths sunnites et surtout chiites l’ont confirmé. Des hadiths considérés comme authentiques ont été rapportés par les deux écoles sur la nécessité d’aimer les Ahl al-Bayt, ce qui confirme cette interprétation[5].

Les religieux chiites ont prouvé d’après leurs sources, que le mot al-qurba (الْقُرْبَىٰ) fait allusion à ‘Ali, Fâtima, Hasan, Husayn et les neuf Imams de la descendance de l’Imam Husayn[6].

L’Allâma Hili considérait ce verset comme le quatrième verset prouvant la légitimité de l’Imâmat de l’Imam ‘Ali, et Ibn Abbâs a rapporté que lors de la révélation de ce verset, les gens ont demandé au Prophète qui ils étaient appelés à aimer. Le Prophète avait répondu : «‘Ali, Fâtima, Hasan et Husayn»[7].

Ibn Hanbal, chef de l’école hanbalite, a rapporté ce hadith d’Ibn Abbâs[8].

L’Imam Sadjjâd interrogé au sujet de ce verset, a dit: « Ce verset signifie que c’est nous qu’il faut aimer car nous sommes la famille de Muhammad (s)»[9]. L’Imam Bâqir a dit que les Saints Imams sont ceux à qui fait allusion ce verset[10].

L’Imam Sâdiq a déclaré que ce verset concernait les Ahl al-Bayt (a) et ceux qui étaient présents sous « le manteau » du Prophète lors de la révélation du verset de la purification (voir : Les cinq du manteau)[11].

Hâkim Haskâni, religieux sunnite, a rapporté sept riwaya (récits) qui montrent que les proches («الْقُرْبَىٰ») sont « ‘Ali, Fâtima, Hasan et Husayn »[12].

Ahmad b. Hanbal a rapporté : « Quand le verset a été révélé, les compagnons ont demandé au Prophète de qui s’agissait-il; et le Prophète a répondu trois fois : « ‘Ali, Fâtima, et leurs deux fils»[13].

Sayed Shahâb al-din Mar’ashi Najafi, dans le commentaire Ihqâq al-Haq, a cité le nom d’une cinquantaine de grands religieux sunnites qui ont rapporté dans leurs livres, les preuves de l’authenticité des riwaya (récits) concernant ce verset[14].

Sayed Hâshim Bahrâni, dans le livre Ghâyat al-Marâm, a rapporté 17 riwaya (récits) sunnites et 22 riwaya chiites à ce sujet[15].



Les raisons de la nécessité du respect des Ahl ul-Bayt

Si nous considérons les hadiths rapportés du Prophète dans les deux écoles qui renvoient les musulmans aux Ahl al-Bayt (a) pour la compréhension du Livre et des principes élémentaires et secondaires de la religion, comme le hadîth al-Thaqalayn et hadîth al-Safina ou autres, nous ne pourrons plus douter du fait que l’appel à l’amour des Ahl al-Bayt (a) présenté comme récompence de la prophétie du Prophète, et il n’avait comme but que de renvoyer les gens aux Ahl al-Bayt (a) qui sont les références et la garantie du message prophétique. Ce verset n’est pas en contradiction avec le refus d’un récompense (salaire) de la part du Prophète.

Selon ce commentaire, l’amour envers les Ahl al-Bayt (a) est présenté symboliquement comme un salaire et ne contrarie pas les autres versets sur le refus du Prophète de tout salaire, car la récompense dont il est question dans ce verset, concerne les musulmans et non les membres de la famille prophétique[16].

Voir aussi

Références

  1. Ibn Mânzûr, auteur du fameux dictionnaire Lisân al-‘Arab dans l’article sur le mot "ود"
  2. Ibn Mânzûr dans l’article sur le mot "قرب"
  3. Ibn Hajar, ‘Asghalâni, vol. 4, p. 434
  4. Shokri al Wasi, 1405, 25-30-32
  5. Tabarsi, 1425, 9/48
  6. Tûsi, vol. 9, p. 158 ; Tabarsi, vol. 9, p. 48
  7. Hili, p. 175
  8. Ibn Hanbal, Les qualités de le Prince des croyants, ‘Ali b. Abi Tâlib, p. 295
  9. Kûfi, p. 392
  10. Kuleiny, vol. 1, p. 413
  11. Hâkim Haskâni, vol. 2, p. 213
  12. Hâkim Haskâni, vol. 2, p. 189-196
  13. Muhammad b. Ahmad b. Abî Bakr Al-Ansârî Al-Qurtubî, vol. 3, p. 2
  14. Husayni Mar’ashi Tastari, vol. 3, p. 2-18
  15. Bahrâni, vol. 3, p. 23-244
  16. Allâma Tabâtabâ’i, Al Mizân, vol. 18, p. 66

Bibliographie

  • Le Coran
  • Lisân al Mizân, Ibn Hajar ‘Asghalâni, Institut A’lami al Matbu’ât, Beyrouth
  • Ibn Hanbal, Les qualités de l’Emir des croyants, ‘Ali b. Abi Tâlib, de Sayed Abdûl ‘Aziz Tabâtabâ’i, Qom, Dâr-ol-tafsir 1433 de l’Hégire
  • Lisân al ‘Arab, Éditions « Adab » du Centre islamique de Qom
  • Hâkim Haskâni, Shavâhid al Tanzil, Muhammad Bâghir Mahmûdi, ministère de la culture, Téhéran
  • Husayni Mar’ashi Tastari, Ehqâq al Haq, bibliothèque de l’Ayatulla Mar’ashi, Qom
  • Hili, Nahjol haq wa Kashfal Sidq, ‘Einulla Hasani Armawi, Dâr-al-Hajara, Qom
  • Tabarsi, Majma’-al-bayân fi Tafsir al Qor’an, Institut A’lami al Matbu’ât, Beyrouth
  • Tûsi, Al Tebyân fi Tafsir al Qor’an, Ahmad Habibi Ghasir, Maktab al A’lam al Islami
  • Kuleyni, Al Kafi, Ali Akbar Ghafâri, Dâr-al-Kitâb islamiya, Téhéran
  • Kûfi, Forât al Kûfi, Muhammad Kâzim, ministère de la culture, Téhéran