Verset du Tablîgh

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Le verset du Tablîgh(en arabe: آیة التبلیغ ) est le 67e verset de la sainte sourate « Table Servie »[1] considéré comme le dernier verset révélé au Prophète1. Conformément à ce verset le Prophète a eu pour devoir d’annoncer une chose très importante aux gens, une chose d’une telle importance qu’en cas de sa non-transmission, sa mission resterait inachevée.

Selon les chiites et certains sunnites, le verset a été révélé peu avant le 18 dhu al-Hijja de l’an 10 de l’hégire solaire. Pour les chiites, cette chose importante est l’annonce de la succession du Prophète par ‘Alî et après la révélation du verset, le Prophète a présenté à Ghadîr Khumm, 'Alî comme son successeur (voir : Evénement de Ghadîr), donc le verset concerne ce même message.

Le verset

Le verset du Tablîgh[2] est le verset 67 de la sainte sourate « Table Servie » :

َیا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنزِلَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ ۖ وَإِن لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ ۚ وَاللَّـهُ يَعْصِمُكَ مِنَ النَّاسِ ۗ إِنَّ اللَّـهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْكَافِرِينَ

Traduction : O Apôtre! Fais parvenir ce qu’on a fait descendre vers toi, de ton Seigneur! Si tu ne [le] fais point, tu n’auras pas fait parvenir Son message et Allah te mettra hors d’atteinte des Hommes. Allah ne saurait conduire le peuple des Impies. (sourate Table Servie, verset 67)

Circonstances de la révélation

Les exégètes et les spécialistes de hadith chiites précisent que le hadith a été révélé au cours du pèlerinage de l’Adieu à Ghadîr Khumm (le 18 dhu al hajja) pour annoncer la succession du Prophète par ‘Alî.[3]

Certains commentateurs sunnites confirment ce point de vue.[4]

Raison de la révélation

Le Prophète retardait l’annonce de sa succesion par ‘Alî de peur des complots que pouvaient fomenter les Munâfiq contre l’islam, alors l’ânge Gabriel est descendu avec ce verset pour souligner la nécessité de transmettre son autorité, promettant au Prophète sa protection contre les Munâfiq.[5]Sur cette même base, la signification du verset “Fais parvenir ce qu’on a fait descendre vers toi” ne pouvait être rien que l’annonce de la succession de l’autorité du Prophète par ‘Alî, ce qui était déjà dit au Prophète via la révélation, mais celui-ci, de peur d’être accusé par un groupe de soutenir son cousin, s’était abstenu de l’annoncer.[6]

D’autres éventualités

Révélation du verset à la Mecque

Le verset du Tablîgh a été révélé à la Mecque et il renvoie aux recommandations faites au Prophète de transmettre les réalités de l’islam aux impies et aux polythéistes. D’autant plus que, d’après certains rivâyats, Abû Tâlib avait engagé des gardes pour protéger le Prophète contre ses ennemis, cependant, après la révélation du verset de Tablîgh, le Prophète a désengagé ses gardes en disant : Dieu me protègera contre les complots des gens. En plus, il a été engagé de transmettre les réalités de l’islam aux impies et aux polythéistes sans craindre rien.[7]

Critique

A ce sujet, les commentateurs estiment unanimement que la sourate “Table Servie” a été révélée à Médine[8][9] et d’après les rivâyats, citant ‘Abdullâh b. ‘Umar, la sourate “Table Servie” est la dernière sourate à être révélée.[10] Par conséquent, il n’est pas juste de supposer que le verset du Tablîgh ait été révélé à la Mecque ou qu’il était lu séparément au cours de longues années, sans être intégré dans une sourate particulière ou laissé éventuellement dans les archives.[11]

En plus, certains spécialistes ont considéré comme bizarres ou nul, les rivâyats concernant la protection du Prophète à la Mecque.[12]

Transmission aux détenteurs de l’écriture

Le verset du Tablîgh a été révélé à Médine et avait pour but de tenir le Prophète de transmettre les réalités de la révélation aux détenteurs de l’écriture sans avoir peur.[13]

Pour Abû Hayyân «‌ما انزل الیک‌» veut dire «‌ماانزل الیک من الرّجم و القصاصِ الذی غیره الیهود فی التوراةِ و النصاری فی الانجیل »[14]

Il parle, avant l’argument que les versets précédant et suivant ce verset, des gens du livre et que celui-ci ne doit pas porter sur un sujet autre que celui des versets qui le précèdent ou le suivent.

Critique

Toutes les sources historiques indiquent qu’après les guerres opposant musulmans et juifs, y compris les Ghazwahs de Banî Qurayzah et Khaybar, les juifs ont perdu leur force et leur gloire et leurs bases ont été contrôlées par les musulmans et un grand nombre d’entre eux ont été déportés en dehors de Médine, ce qui a entraîné la disparition de leur influence.[15]

Les chrétiens pour leur part était démunis de pouvoir en Arabie et surtout à Médine et la seule opposition entre eux et les musulmans était l’affaire de Mubâhila,[16]qui était annulé à la demande des Chrétiens mêmes.

Alors vue le pouvoir dont bénéficiaent le Prophète et les musulmans, surtout aux derniers jours de la vie du Messager de Dieu, il n’existait aucun inquiétude de la part des juifs et des chrétiens, pour justifier la peur du Prophète au sujet de la transmission des réalités de l’islam. En outre, le verset du Tablîgh ne diffère guère des versets qui le précèdent ou le suivent, parce que ces derniers blâment les juifs et les chrétiens, parce qu’ils croyaient qu’après le décès du Prophète, l’hégémonie des musulmans prendrait fin et que le terrain serait propice à leur domination et pouvoir, mais le verset du Tablîgh qui concerne la détermination du leadership de la communauté musulmane après le Prophète, montrait que leur espoir était nul et donc, le verset d’Ikmâl convient entièrement avec l’annonce de la succession du Prophète par ‘Alî.[17][18][19]

Points importants du verset

Importance de la mission

Le verset remet au Prophète la responsabilité de transmettre une chose sérieuse et sensible, parce que si le Prophète ne la transmettait, sa mission resterait inachevée et de ce point de vue, la chose envisagée a une valeur égale à la prorphétie et à la mission du Prophète. On ne peut pas supposer que cela se rapportait à un sujet cultuel comme le Tawhid, le Nubuwwa ou la résurrection ou à un sujet jurisprudenciel comme les principes de la prière, du jeûne ou du pèlerinage, parce que la sourate “Table Servie” est l’une des dernières sourate à se révéler et ces principes étaient déjà révélés au Prophète et transmis aux gens; donc aux derniers jours de la vie du Prophète, une chose d’importance et de nouveauté devait être prononcée par le Prophète, qui devait compléter la mission prophétique: le leadership de la communauté islamique après la disparition du Prophète.

Inquiétude du Prophète de la transmission

Puisque la question était d’une grande sensibilité, le Prophète était inquiet de son annonce, mais Dieu a éliminé toutes les inquiétudes par le message “Allah te mettra hors d’atteinte des Hommes”. Puisque le verset ne concerne pas les polythéistes qurayshites, ni les détenteurs de l’écriture, alors le terme “nâs” (gens) dans le verset du Tablîgh renvoie aux hypocrites de la communauté musulmane. En ce qui concerne l’annonce de sa succession par ‘Alî, le Prophète craignait l’opposition et le sabotage de ces gens, parce que:

  • L’honorable ‘Alî était connu comme une personnalité catégorique et inflexible.[20]
  • Les nouveaux musulmans dont les proches étaient tués par ‘Alî au cours des guerres, éprouvaient une profonde rancune envers lui.
  • ‘Alî n’avait que 33 ans au moment du décès du Prophète et il était difficile de se charger du leadership d’une société dont l’âge jouait un rôle important dans la distribution des postes. Ce type de conflits apparurent au cours de la guerre de Tabûk, où le Prophète avait désigné ‘Alî comme son successeur à Médine ou aux derniers jours de sa vie où il avait chargé Usâmat b. Zayd comme commandant.[21]

C’est pourquoi lors de la présentation d’‘Alî comme chef de la communauté musulmane, ce type d’inquiétude était naturel, mais Dieu a éliminé toutes les doutes en faisant descendre le verset du Tablîgh.

Voir aussi

Références

  1. Al Râzî, p. 54; Makârim Shîrâzî, vol. 5, p. 4.
  2. Al Râzî, Tatimat al-Murâji’ât, p. 54, Nimûni, vol. 5, p. 4.
  3. Qumî, vol. 1, p. 179; ‘Ayâshî, vol. 1, pp. 331-332; Fayz Kâshânî, vol. 2, p. 51; Kulaynî, vol. 1, p. 290, hadîth n°6; Huwayzî, vol. 1, pp. 653-655; Bahrânî, vol.1, p. 490, hadîth n°11, Allâmeh Tabâtabâï, vol. 6, p. 48.
  4. Suyûtî, vol. 2, p. 298; Alûsî, vol. 6, p. 194; Nayshâbûrî, vol.1, p. 250
  5. ‘Ayâshî, vol. 1, p. 331, hadîth n°152.
  6. ‘Ayâshî, vol. 1, p. 360; Fazl Tabarsî, vol.3, p. 344; 1408 cité par Hâkim Hasakânî
  7. Tabarî, Jâmi’, vol. 4, chapitre 6, pp. 198-199; Tha’âlibî, vol. 1, p. 442; Suyûtî, vol. 2, p. 298
  8. Ibn ‘Atîya, vol. 5, p. 5.
  9. Qurtabî, vol. 3, chapitre 6, p. 30
  10. Tarmadhî, vol. 5, p. 261, cité par ‘Abdullâh b. ‘Umar; Tûsî, vol. 3, p. 413
  11. Ibn ‘Ashûr, vol. 6, p. 256
  12. Ibn Kathîr, vol. 2, p. 132
  13. Tabarî, Jâmi’, vol. 4, chapitre 6, p. 198; Fakhr Râzî, vol. 12, p. 50; Abû Hayyân, vol. 3, p. 529
  14. Abû Hayyân, vol. 3, p. 529
  15. Factions: 26-27; Rassemblement : 2-4
  16. Famille d ‘Imrân: 61
  17. Tûsî, vol. 3, p. 435
  18. Fazl Tabarsî, 1408, vol. 3, p. 246
  19. Huwayzî, vol. 1, pp. 587-590
  20. Abu al-Futûh Râzî, vol. 4, p. 276
  21. Tabarî, Tarîkh, vol. 3, p. 186; Ibn Ab al-Hadîd, vol. 1, p. 159

Bibliographie

  • Alûsî, Mahmûd b. ‘Abdullâh, Rûh al-Ma’ânî, Beyrouth, Dar Ihyâ al-Turâth al-Arabî, date imprécise.
  • Ibn Ab al-Hadîd, Sharh Nahj al-Balâgha, par Mohammad Abulfazl Ibrâhîm, Le Caire, 1385 (1965)/1387(1967), Offset, Beyrouth, date imprécise.
  • Ibn ‘Ashûr, Tafsîr al Tahrîr wa al-Tanwîr, Tunis, 1984.
  • Ibn ‘Atîya, Al Muhrir al Wajîz fî Tafsîr al-Kitâb al-‘Azîz, vol. 5, Rabat, 1399/1979.
  • Ibn Kathîr, Tafsîr al-Qur’ân al-Azîm, par Khalîl Mîs, Beyrouth, Dar al-Qalam, date imprécise.
  • Abû Hayyân, Mohammad b. Yûsuf, Tafsîr al-Bahr al-Muhît, Beyrouth, 1983/1403.
  • Amînî, ‘Abd al-Husayn, Al Ghadîr fî al-Kitâb wa al-Sunnat wa al-Adab, vol. 1, Beyrouth 1403/1983
  • Bahrânî, Sayid Hâshim, Al Burhân fî Tafsîr al-Qur’ân, Qom : Mu’asisat al-Bi’that, 1415 de l’hégire lunaire.
  • Tarmadhî, Mohammad b. ‘Isâ, Al Jâmi’ al-Sahîh wa Huwa Sunan al-Tarmadhî, vol. 5, par Ibrâhîm ‘Atwah ‘Awaz, Beyrouth, Dar Ihyâ al-Turâth al-‘Arabî, date imprécise.
  • Tha’âlibî, ‘Abd al-Rahmân b. Ahmad, Al Jawâhir al-Ihsân fî Tafsîr al-Qur’ân, par Abou Mohammad Ghimârî Idrîsî Hasanî, Beyrouth, 1416/1996
  • Huwayzî, ‘Abd ‘Alî b. Jum’a, Kitâb Tafsîr Nûr al-Thaqalayn, par Hâshim Rasûlî Mahallâtî, Qom, 1383-1385.
  • Râzî, Ab al-Futûh, Tafsîr Rûh al-Jinân wa Rûh al-Jinân, par Ab al-Hasan Sha’rânî et ‘Alî Akbar Ghifârî, Téhéran, 1382-1387.
  • Al Râzî, Husayn, Sabîl al-Najâh fî Tatimat al-Murâji’ât, Beyrouth, nom imprécis, 1402 de l’hégire lunaire.
  • Suyûtî, Jalâl al-Dîn, Al Dur al-Manthûr fî al-Tafsîr bil Ma’thûr, Beyrouth : Dâr al-Fikr, 1414 de l’hégire lunaire.
  • Shaykh Sadûq, Ma’ânî al-Akhbâr, traduit par ‘Abd al-‘Alî Mohammadî, Téhéran, Dâr al-Kutub al-Islâmîya, 1372 de l’hégire solaire.
  • Tabâtabâï, Mohammad Husayn, Al Mizân, Jâmi’i Mudarrisîn, Qom : 1417 de l’hégire lunaire.
  • Tabarsî, Fazl b. Hasan, A’lâm al-Warâ bi A’lâm al-Hudâ, Qom, 1417
  • Tabarsî, Majma’ al-Bayân fî Tafsîr al-Qur’ân, par Hâshim Rasûlî Mahallâtî et Fazl Allâh Yazdî Tabâtabâï Qom, Beyrouth, 1408/1988.
  • Tabarî, Târîkh, Beyrouth.
  • Tabarî, Jâmi’.
  • ‘Ayâshî, Mohammad b. Mas’ûd, Tafsîr al-‘Ayâshî, par Rasûlî Mahallâtî, Téhéran, Al Maktabat al-‘Ilmîya al-Islâmîya, date imprécise.
  • Kulaynî, Mohammad b. Yaqûb, Al-Kâfî, par ‘Alî Akbar Ghifârî, Beyrouth, Dâr al-Ta’âruf, 1401 de l’hégire lunaire.