Prêche d'Al-Ghadir

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Tableau illustration d'al-Ghadir oeuvre de Mahmood Farchian

Prêche d’al Ghadir (en arabe : خطبة الغدير), est le discours qu’a prononcé le saint Prophète Muhammad (s) le 18éme jour du mois de Dhu al-Hijja la dixième année de l’hégire, lors de son retour à Médine après avoir accompli le pèlerinage (Hajj), dans un endroit appelé Ghadîr Khum.

Le Prophète (s) avait proclamé Ali b. Abi Talib (a) comme son successeur et calife des musulmans, lorsqu’il dit : « celui dont je suis le maître, alors Ali est son maître » « من كنت مولاه، فهذا عليّ مولاه ». Ce Hadith est rapporté par les savants aussi bien chiites que sunnites du prophète.

C’est à partir de cet évènement en générale et du dit discours en particulier que les savants chiites constituent les preuves de la succession de l’Imam Ali (a) au Prophète (s), en se basant aussi sur un ensemble de faits contextuels dont Allâma al-Amînî a rapporté dans son encyclopédie « Mawsû’at al-Ghadîr » du saint Coran et de la Sunna.

Texte du hadith

« من كنت مولاه، فهذا عليّ مولاه »
« celui dont je suis le maître, alors Ali est son maître » .

Hadjat-al-Wada’

Article connexe : Le Pèlerinage de l’Adieu.

Il est rapporté que la sourate An-Nasr a été révélé dans le cours de la 10ème année de l’hégire. le Prophète (s) fut aviser que la fin est proche et que c’était le moment de l’adieu [1], alors il décida de faire le pèlerinage cette année là, ce pèlerinage qui fût appelé Le pèlerinage de l’Adieu « en arabe : حجة الوداع » où Hajjat al-Widâ’ car cet événement se déroula la dernière année de la vie du Prophète (s)[2].

Lorsque les musulmans apprirent la triste nouvelle, de nombreux groupes décidèrent de faire le pèlerinage avec le Prophète (s)[3], et sortirent avec lui le 15ème jour de Dhu al-Qa'da en direction de La Mecque [4][5].

L’Imam Ali (a) est sorti le mois du Ramadan de la même année suite aux ordres du Prophète (s) pour combattre les païens dans la région de Madh'hij (arabe : مدحج) au Yémen[6], et lorsqu’il conquit la dite région il alla retrouver le Prophète (s) pour rallier la caravane des pèlerins à La Mecque [7].

le jour de Arafat

Le jour de Arafa (arabe : عرفة) le Prophète (s) prononça un sermon durant lequel il présenta d’importants préceptes comme :

«Toute effusion de sang dans la jahiliya restera vaine.
Tout usure qui été dans la jahiliya est nul et non avenue.
Ô gens! le temps aujourd’hui a changé, il est redevenu comme il était lors de la création des cieux et des terres, et que le nombre de mois auprès de Dieu sont de douze comme c’est écrit dans le livre de Dieu lorsqu’il créa les cieux et la terre, quatre parmi ces mois sont sacrés, ne vous soumettez pas à la tyrannie pendent ces mois.
Ô gens! Satan a perdu espoir de se voir adulé et vénéré dans votre pays jusqu’à la fin des temps, et s’est contenté de vous des petits actes dédaigneux et méprisants.
Ô gens! celui qui a en sa possession un dépôt, qu’il le remette à son dépositaire» [8].

Vers Ghadîr Khum

Article connexe : Ghadîr Khum.

Après ce sermon le Prophète (s) alla accomplir ce qu’il lui resté des actes du pèlerinage, puis il prit la route du retour vers Médine avec les autres musulmans, jusqu’à ce qu’ils atteignent un lieu de repos connu sous le nom de Ghadîr Khum[9], se situant entre La Mecque et Médine à deux milles (5 kilomètres) environ de Juhfa, un endroit aussi connu comme carrefour pour les différentes caravanes provenant des différents coins de la péninsule Arabique[10].

Lorsque la majorité des pèlerins arrivèrent à cet endroit, l’Ange Gabriel révéla le soixante-septième verset de la sourate « La Table Asservie » (arabe : المائدة):

يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ مِنْ رَبِّكَ وَإِنْ لَمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ وَاللَّهُ يَعْصِمُكَ مِنَ النَّاسِ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْكَافِرِينَ ﴿۶۷﴾
« Ô Messager! transmets ce qui t'a été descendu de la part de ton Seigneur. Si tu ne le faisais pas, alors tu n'aurais pas communiqué Son message. Et Allah te protègera des gens. Certes, Allah ne guide pas les gens mécréants. »
sourate N°5 al-Mâ'ida, verset 67

Ainsi qu'un autre verset (3) dans la même sourate :

...الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا...﴿۳﴾
« Aujourd'hui, les mécréants désespèrent (de vous détourner) de votre religion : ne les craignez donc pas et craignez-Moi. Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J'agrée l'Islam comme religion pour vous »
sourate N°5 al-Mâ'ida, verset 3

Puis Dieu ordonna à son Prophète (s) de proclamer la désignation de Ali b. Abi Talib (a) entant que calife des musulmans et successeur légitime du Prophète (s)[11].

Parmi les pèlerins certains avait dépassé Ghadîr Khum, alors le Prophète (s) ordonna de les faire revenir et de maintenir sur place ceux qui y étaient, puis fessât la prière en groupe après avoir fait l’appel à la prière. Lorsqu’il finit sa prière il se leva et monta sur des selles de chameaux aménagés et commença son discours.

Prêche de Ghadir Khom

Lorsque le Prophète (s) finit sa prière, il se leva et monta sur des selles de chameaux aménagés pour cette occasion, et commença son discours. Il dit ainsi :

« Ô gens! Dieu Omniscient et Gracieux m’a informé que nul prophète de ceux qui étaient avant moi ne sont restés une fois que Dieu leur a donné la vie puis les a appelé à lui. Et je risque d’être appelé moi aussi et je répondrai, et je serai interrogé et vous le seraient aussi, alors quelle sera votre réponse ? »

Ils répondirent :

« nous attestons que tu as énoncé, exhorté et fait l’effort nécessaire, que Dieu t'en récompensera en profusion de bien »

Alors il dit : « Oh, Dieu soit témoin.»

Puis il dit :

« Je vous laisse deux choses pesantes «الثقلين» le livre de Dieu « le Coran » et ma progéniture ma proche famille, et que le Gracieux et l’Omniscient m’a informé qu’elles ne se sépareront jamais jusqu’à ce qu’elles me rejoignent au bassin «الحوض»[12], puis il prit la main de Ali, et la leva haut, et s'écria : « Celui dont je suis le maître, alors Ali est aussi son maître.[13] Oh, Dieu assiste celui qui l’assiste et soit l'ennemi de celui qui lui est un ennemi, et aime celui qui l’aime, et haï celui qui le haï et dépite celui qui le désappointe, et dirige la vérité là où il se dirige. Et ceux qui sont présents transmettent ce message à ceux qui sont absent  »[14].

Hassan b. Thabit, le poète du Prophète (s) demanda la permission de dire un poème sur l’Imam Ali (a) pour l’occasion, chose qui lui accorda.

Les musulmans s'avançaient par groupes vers Ali pour le féliciter de cette nomination [15]. Les compagnons, parmi lesquels se trouvaient Abu Bakr, Omar, Talha et Zubayr se rendirent tous auprès d'Ali pour lui présenter leurs félicitations en ces termes : Bravo à toi, ô Ali, te voici devenu mon maître et le maître de tout croyant et de toute croyante.[16]

Aperçu sur le texte du prêche

  • Le Prophète (s) commença son prêche en prodiguant des louanges et des éloges à Dieu en se référant à ces attributs avec un langage signifiant et une élocution éloquente.
  • Emission de l’ordre divin et révélation du verset de Tabligh «آية التبليغ».
  • Interruption temporaire de tabligh par le Prophète (s) par crainte de la réaction des hypocrites, et la descente de l’Ange Gabriel avec l’ordre divin de continuer le tabligh avec l’assurance de la protection de Dieu contre les gens « …Et Dieu te protège des gens. »
  • Le Prophète (s) informe les musulmans que c’est son dernier rendez-vous avec eux, et que son successeur (calife) sera Ali b. Abi Talib (a), puis ses descendants jusqu'à la fin du temps.
  • Ce que Muhammad (s) a défini comme illicite, restera illicite, et ce qu'il a défini comme licite, restera licite jusqu’au jour de la résurrection.
  • Son discours autours de prééminence et qualités de Ali (a) et le degré de sa connaissance.
  • Dénier l’autorité « la Wilaya » (en arabe : الولاية) de Ali (a) est un péché non pardonnable.
  • Le fait que la négation de Wilayat de Ali est impardonnable.
  • de mettre de doute sur les paroles du Prophète (s) ou sur la véracité des Imams est semblable aux attitudes des païennes de l'époque de Jahiliya.
  • Ce fut ce jours où le Prophète (s) a prononcé au publique la célèbre phrase : « Celui dont je suis le maître, alors Ali est aussi son maître » (مَن کُنتَ مَولاهُ فهذا علی مَولاهُ).
  • Rappel du Hadith al-Thaqalayn, et la notification que le Coran et la famille du Prophète (Ahl al-Bayt) sont inséparables.
  • Rappel de la succession de Ali (a) et qu'il sera le Calife et le légataire (wasi') après le Prophète (s).
  • Prières pour les partisans de l’Imam Ali (a) et maudire ses ennemis (اَللهمَّ والِ مَن والاهُ و عادِ مَن عاداهُ).
  • Révélation du verset d’« Ikmal ad-dine » par l’intermédiaire de l'Ange Gabriel.
  • Signalisation de la pugnacité des hypocrites.
  • Ce jours le Prophète (s) a exprimé que Imamat prendra fin avec le dernier Imam « Al-Mahdi » (a), de la descendance de Ali (a).
  • Mise en garde des faux Imams qui prônent la mécréance et la tromperie.
  • Il a demandé également aux musulmans présents de promulguer ce message de al-Ghadir à ceux qui étaient absents.

Les narrateurs du prêche d’al-Ghadir

Le prêche d’al-Ghadir a été cité avec de petites différences, dans les ouvrages de références des deux écoles chiite et sunnite. Allama Amînî rapporte dans son ouvrage « al-Ghadîr » que le prêche d’al-Ghadir a été rapporté par : 110 compagnons du Prophète (s), 84 Tabi’ûn et 360 savants sunnites du 2ème au 14ème siècle. Parmi les plus importants et les plus connus on trouve :

Les membres immaculés de la famille du Prophète (Ahl al-Bayt)

Article connexe : Ahl al-Bayt.

Les compagnons du prophète

Tabi’ûn

  • Abû Sulayman al-Muadin
  • Abû Sâlih Samman
  • Asbagh b. Nubata
  • Salîm b. Qays al-Hillâlî
  • Tâwus b. Kysan
  • Le calife Ommeyade, Omar b. Abd al-Azîz
  • Abû Râshed al-Habrani
  • Abû Layla al-Kindi
  • Iyass b. Nudhayr
  • Habib b. Abi Thabit al-Asadi
  • Habib b. ‘Utba al-Koufî
  • Abu 'Ubayda b. Abi Hamid al-Basrî
  • Abû Maryam b. Hubaysh al-Asadî
  • Sâlim b. Abd Allah b. 'Umar
  • Sa'd b. Jubayr al-Asadî

Les savants

  • Muhammad b. Isma'ïl al-Bukhari
  • Ahmad b. Yahya al-Baladhri
  • Ahmad b. Shu’ayb an-Nasâ'î
  • Al-Haskani al-Hanafî
  • Ibn Asâkir Dimashqî
  • Fakhr ad-Dîn ar-Râzî ash-Shafi’î
  • Ibn Abi al-Hadîd al-Mu'tazilî
  • Ibn Kathir Shafi’î
  • Ibn Sabar al-Maliki
  • Al-Mutaqi al-Hindi
  • Ibn Hamza Husayn Hanafî
  • Shihâb ad-Dîn al-Âlûsî
  • Muhammad Abdû al-Misrî
  • Abu Muhammad b. Dâvûd al-Hilli
  • Safî ad-din al-Hilli

Les références d’authentification du prêche d’al-Ghadir

  • At-Tarâ’if ( الطرائف)
  • ‘Abaqât al-Anwâr (عبقات الانوار)
  • Bihâr al-Anwâr (بحار الأنوار)
  • Ithbât al-Hudât (إثبات الهداة)
  • Al-Ghadîr (الغدير)
  • Kashfe al-Muhim fî Tarîq Khabar Ghadîr Khum (كشف المهم في طريق خبر غدير خم)
  • ‘Awâlim al-‘Ulûm (عوالم العلوم)
  • Nafahât al-Azhâr fi Khulâsat ‘Abaqât al-Abrâr texte arabe(نفحات الأزهار في خلاصة عبقات الأبرار)

Critiques sur l’authentification historique d’al-Ghadir

Certains ont essayé de mettre des réserves et des doutes sur l’histoire d’al-Ghadir et sur la reconnaissance de cet évènement comme ayant réellement existé, en émettant des critiques, dont les plus importants sont :

  • La faiblesse de la chaine de transmission du hadith (سند), malgré sa transmission ininterrompue (تواتر) et le grand nombre de chaines de transmissions rapportés par les savants . En se basant sur le fait que ce hadith n’a pas été rapporté par Bukhârî et Muslim dans leurs ouvrages de hadiths. Parmi eux on trouve Abu Dâvûd et Abu Hatam Râzî.

En réponse, on peut dire que plusieurs des savants sunnites ont reconnu l’authenticité de la chaine de transmission du hadith d’al-Ghadir, dont : Tirmidi, Tahawi, hakim Neyshabûri, Ibn Kathir, Ibn Hajar al-'Asqalânî et Ibn Hajar al-Haythamî. D’autant plus qu’il a été rapporté dans plusieurs livres d’histoire et de hadith des fois sans intermédiaires et des fois avec, ce qui démontre son authenticité.

Et le fait que Bukhâarî et Muslim ne l’ont pas rapporté dans leurs livres, ceci demande une étude objective sur les raisons qui les a amenées à ne pas transcrire ce hadith et non pas d’émettre des doutes sur la chaine de transmission du hadith.

  • L’absence de l’Imam Ali (a) à Ghadîr Khum et qu’il n’a pas fait le pèlerinage avec le Prophète (s) vu qu’il était au Yémen ; la question est : alors comment peut-on croire à cet évènement malgré son absence ?

On peut répondre à cette question en consultant les livres de références des sunnites, où on trouve écrit que l’Imam Ali (a) était bien revenu du Yémen et qu’il avait fait le pèlerinage avec le Prophète (s).

Asqalânî rapporte dans son livre « Sharh al-Mawahib al-Ladunniya » (en arabe : شرح المواهب اللدنية), que la chaine de transmission de ce hadith est ininterrompue, et qu’il a été transmis par 16 compagnons du Prophète (s).

Ahmad b. Hanbal dit que :

«]l fût écouté directement du Prophète (s) par 30 compagnons et qu’ils avaient tous attestés sur la véracité du hadith pour Ali lorsqu’il eut des divergences conflictuelles avec certains opposants lors de son califat.»

Voir aussi

Références

  1. Al Khissale, T2, p 487.
  2. Boukhari, T4, p 1599 ; Tabari, T3, p 152 ; Halabi, T3, p 360.
  3. Ibn Hicham, T2, p 601.
  4. Waqidi, T3, p 1079 -1080 ; Ibn Kathir, T5, p 110.
  5. Tabari, T3, p 149.
  6. Tabari, T3, p 132 ; Ya’qoubi, T2, p112 ; Halabi, T3, p 289.
  7. Waqidi, T3, p 1079 -1080 ; Halabi, T3, p 289.
  8. Tabari, T3, p 150 ; Ibn Hicham, T2, p 602 - 603
  9. Ya’qoubi, T2, p118
  10. Yaqoute al-Hamawi, T2, p 103.
  11. Al Moufid, Tafssir, T1, p 184 ; Al Ayachi, T1, p 332
  12. Ya’qoubi, T2, p121
  13. Assad al-Ghaba, T5, p 253 ; Koulayni, T2, p 27
  14. Baladhri, T2, p 111 ; Ibn Kathir, T7, p 349 ; Nassaï, T4, p 45
  15. Sadouq, Al-Ama’ly, p575 ; Moufid, party Mowla, p 35 ; Toussy, Iqtissad, p 351 ; Toussy, Rassaïl, p 137.
  16. Ibn Kathir, T7, p 349