Sajda

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Sajda (en arabe : السجدة), ou Sujûd (en arabe : السجود), en français Prosternation, se réfère à un acte cultuel qui consiste à mettre son front sur le sol, comme signe de modestie et de l'adoration à l’égard de Dieu. Il est considéré comme le geste d’adoration par excellence. Les musulmans se prosternent deux fois par rak’a dans leurs prières journalières (chaque prière étant constituée de plusieurs rak’a).

D’après la jurisprudence (le fiqh) chiite, la prosternation de la prière est seulement valable sur la terre et les plantes poussées sur la terre. Mais les sunnites acceptent aussi la prosternation sur les tapis et les tissus. Chez tous les musulmans, la prosternation est autorisée uniquement devant Dieu.

Le statut cultuel du Sajda

Sajda signifie littéralement, la modestie, se pencher, et pencher sa tête. Mais dans le sens religieux, il signifie de mettre le front et six autres endroits du corps sur le sol[1].

Sajda est un signe de modestie de la créature, du serviteur, devant son Créateur et son Maître ; ce geste a été toujours sujet d’attention dans les narrations. En plus, le terme de sajda a été mentionné 92 fois dans le Coran ; par ailleurs, une des Sourates coraniques a comme nom: Sajda (Prosternation), Sourate al-Sajda. Le dernier verset de cette sourate présente le geste de sajda comme un moyen de se rapprocher de Dieu.

Dans le hadith, la prosternation est considérée comme un des meilleurs états de l’homme pour s’approcher de Dieu.

A ce propos le prophète dit :

"Rien de plus éminent que la prosternation discrète, ne m'a rapproché de Dieu"[2].

Il faut préciser par ailleurs que la prosternation ne concerne pas uniquement l’humain; toutes les créatures : êtres et choses, sont dans un rapport d’adoration et de prosternation à l'égard de Dieu [3]. [4].

Les différentes sortes de prosternation

La prosternation peut être un acte d'adoration en soi, ou une partie de la prière et d'autres actes cultuels.

Le sajda de prière

Les prières obligatoires et journalières contiennent des gestes de prosternation: chaque rak'a de prière journalière contient deux prosternations. Ces prosternations s'effectuent de la manière expliquée ci-dessous:

Lorsque la personne priante se redresse après son rukû' (la geste de se pencher, les mains sur les genoux) et une fois retrouvé sa sérénité du corps, il s'assoie, puis se prosterne sur le sol de sorte que sept membres de son corps (le front, les deux paumes des mains, les deux genoux et les deux grands orteils des pieds) touchent au sol, puis récite les formules pieuses définies. Ensuite il se redresse le corps tout en étant assis, une fois retrouvé sa sérénité du corps, il répète la même geste et récite les mêmes paroles pour la deuxième fois. Puis il se redresse entièrement et continue d'autre étapes de sa prière[5], [6].

Le nombre de sajda

Le fait d'effectuer deux prosternations par rak'a lors de la prière journalière, fait partie des dogmes et on ne peut pas changer ce nombre.

Le fait de rajouter ou d'enlever des sadja au nombre prescrit dans les prières obligatoires, annule la prière. Mais si on le fait par erreur, cela ne pose pas de problème important et n'annule pas la prière, il exige seulement des prosternations de rattrapage.

La formule pieuse de la prosternation

La formule pieuse de la prosternation qui doit être récitée lors de la prière obligatoire est normalement cela : سُبْحانَ رَبِّی الاَعْلیٰ وَ بِحَمْدِهِ; toutefois on peut réciter aussi trois cette expression : سُبْحانَ اللّهِ

Les pratiques conseillées lors de la prosternation

Les pratiques conseillées (mustahabât) lors de la prosternation sont les suivantes:

  • de dire Allah Akbar avant de se pencher et après de se redresser
  • pour les hommme: de mettre d'abord les deux mains par terre; pour les femmes de mettre d'abord les deux genoux par terre
  • de faire toucher le nez au sol
  • de prendre son temps et allongé le temps du sajda
  • de demander le pardon (istighfâr) entre les deux prosternations
  • pour les hommes: d'ouvrir les deux bras soulevés; pour les femmes de les garder collés au corps et les posés par terre
  • de mettre les deux mains sur les cuisses dans l'état assis avant et après la prosternation
  • de dire cette expression : بِحَولِ اللَّهِ وَ قُوَّتِهِ أقُومُ وَ أقْعُدُ , en se levant [7], [8]

Le sajda de rattrapage

Si on oublie certaines gestes ou paroles pendant la prière, ou si on parle pendant la prière, on peut faire des prosternations de rattrapage qui s'effectuent tout de suite après la fin de la prière. Cette prosternation s'appelle : Sajda de Sahv

La prosternation obligatoire lors de la lecture du Coran

Il y a des versets coraniques dont le lecture ou l'écoute exigent des prosternations. Ils sont les suivants: verset 15 de la Sourate as-Sajda, verset 37 de la Sourate Fussilat, verset 62 de la Sourate an-Najm et verset 19 de la Sourate al-'Alaq.

Le sajda de remerciement

La prosternation pour remercier Dieu est une des prosternations conseillées qui s'effectue normalement dans les cas suivants [9]

  • Après la prière (que ce soit une prière obligatoire ou progatoire)
  • Après avoir reçu une bénédiction ou un bien (ni'mat)
  • Pour éloigner un malheur
  • Après avoir réussi

Il faut préciser que pour faire la prosternation de remerciement il n'est pas nécessaire de se mettre en direction de la Mecque, ni d'être dans un état de pureté rituelle.

Le lieu de prosternation

Selon les récits et la tradition du Prophète il faudrait se prosterner sur un lieu pur (propre) de la matière de la terre ou de tout ce qui pousse de la terre (ni une chose mangeable ni de vêtement); quelque chose comme la terre, la pierre, le sable ou le bois[10].

Se prosterner sur les minéraux comme l'or, l'argent, la bitume etc. n'est pas valide. La plupart des juristes ont considéré également comme illicite de se prosterner sur les pierres précieuses comme l'agate et la turquoise[11]. A propos de la légitimité de se prosterner sur la terre cuite (brique ou poterie) il existe des divergences parmis les juristes.

Le lieu de la prosternation, où on met son front, doit être de la même hauteur que l'auteur de là où est situé le corps et ni pas plus haut ni plus bas que la taille de quatre doigts par rapport au corps. Ce lieu doit être stable et non pas mouvant pour que le front soit serein lors de la prosternation. C'est pour cette raison qu'il n'est pas légitime de se prosterner sur la boue [12].

Les sunnites considèrent comme légitime de se prosterner sur un tapis et d'autres choses semblables [13].

Les wahhabites considèrent que les prosternations des chiites sur un bloc de terre (par exemple ce de la terre de Karbala) comme une forme d'association à Dieu ou d'adoration de la tombe, ils l'accusent en tant que bid'a (innovation blâmable) et attaquent les chiites qui font leurs prières de cette manière, dans les lieux comme La mosquée al-Harâm à la Mecque ou la Mosquée an-Nabî' (Mosqué du Prophète à Médine).

Prosternation sur papier

Si le papier est fait du bois ou de matière végétale, il est légitime de se proster dessus. Sinon, et dans le cas où on ne connaît pas la matière avec laquelle ce papier est fabriqué, il faut se référer à un juriste (faqih). Il y a des divergences à ce propos parmi les juristes[14].

Prosternation sur autre chose que la terre

Si la prosternation sur les choses légitimes n'est pas possible, soit parce qu'on en a pas accès, soit parce qu'on est obligé de pratiquer la Taqiya (la dissimulation pieuse), soit par le manque du temps ou pour toute autre raison, on peut se prosterner sur un vêtement en coton, sinon sur sa propre main[15].

Prosternation sur la terre de Karbala

Selon les récits et les hadiths, l'endroit le plus précieux pour la prosternation est la terre de la tombe de l'Imam Husayn (le Turbat de Karbala), parce que cette terre est celle qui illumine la terre jusqu'à la septième terre [16], et celle qui élimine les septs hijab (rideaux) [17].

Cela fait partie des traditions imamites de se prosterner sur cette terre [18]. Et le Sayad Himayrî, a rapporté de l'Imam al-Mahdi (a) la prééminence de la prosternation sur cette terre [19].

voici le récit rapporté en arabe: سَأَلَ هَلْ یجُوزُ أَنْ یسَبِّحَ الرَّجُلُ بِطِینِ الْقَبْرِ وَ هَلْ فِیهِ فَضْلٌ؟ فَأَجَابَ یسَبِّحُ الرَّجُلُ بِهِ فَمَا مِنْ شَیءٍ مِنَ السُّبَحِ أَفْضَلُ مِنْهُ وَ مِنْ فَضْلِهِ أَنَّ الرَّجُلَ ینْسَی التَّسْبِیحَ وَ یدِیرُ السُّبْحَةَ فَیکتَبُ لَهُ التَّسْبِیحُ وَ سَأَلَ عَنِ السَّجْدَةِ عَلَی لَوْحٍ مِنْ طِینِ الْقَبْرِ وَ هَلْ فِیهِ فَضْلٌ؟ فَأَجَابَ یجُوزُ ذَلِک وَ فِیهِ الْفَضْل

Traduction : "On a demandé à l'Imam al-Mahdi (a) : - est ce qu'il est légitime de se prosterner sur un bloc de la terre de la tombe de Husayn? il a répondu : - Oui! la prosternation sur le terre de la tombe de Husayn est légitime et porte une grande vertu".

La prosternation devant les Impeccables

La prosternation devant un autre que Dieu est interdite, que ce soit devant les Imams Impeccables (a) ou devant une autre personne.

Toutefois de faire la prosternation près de leurs tombes (celles des Impeccables), afin de remercier le fait d'avoir pu faire la visite pieuse à leurs tombes, ne pose pas de problème[20]. Cette prosternation peut être illicite seulement si elle crée des ambiguïtés pour ceux qui ne connaissent pas les chiites profondément et leurs raisons profondes de cet acte, et si les interprétations superficielles créent une image négative du chiisme. Dans ce cas ces prosternations ne sont pas légitimes.

Selon les versets coraniques, les frères de Yusûf(a) ont fait de la prosternation devant lui, ainsi que les Anges, on le sait, devant l'homme (Adam (a), dans la Sourate al-Baqara, verset 34). D'après les avis des savants, ces prosternations étaient des signes de respect et non pas d'adoration.

Bibliographie

  • Ayatollah Shahrudi, Le dictionnaire persan de Fiqh, Mu'asisa Fiqh Islâmi
  • Daylami , Hasan b. Muhammad., 1412, Irshâd al-Qulub ilâ al-Sawâb, Qom, Sharif Razî.
  • Tabarsi, Ahmad b. Murtadha, 1403, al-Ihtijâj 'alâ ahl al-Lujâj, Mashhad, Murtadhâ.
  • Shaykh Hurr 'Amili, 1409, Wasâ'il Shi'a, Qom, Mu'asisa Âl Bayth.
  • Majîdî, Qulâm Husayn, Nahj al-Fisâha, Qom, Ansâiyân
  • Râqib Isfahâni, 425 h., Mufradât alfâd al-Qu'ân, édité par : Adnân Dawîdi, Damas, al-Qlam, 1412h.
  • Hasan b. Yusûf al-'Allameh Hilli, Tahrir al-ahkâm al-shar'iya 'alâ madhab al-imâmiya, Qom, Mu'asisa Imam Sâdiq, 1420 h..
  • Muhammad b. Makki al-Âmil al-Shahid al-Awwal, al-Dikri, 786h (manuscrit, lithographie).
  • Muhammad Hasan Najafi, Jawâhir al-Kalâm fpi sharâyi' al-Islâm, Beyrouth, Dâr al-Ihyâ al-Tirâth al-Arabie
  • Ayatollah Khu'i, Mustanad-e 'urwat al-wusq'a, ed. Murtadha Burûjerdi, Qom, Madrasa dâr al-'Ilm, 1413h.
  • Seyyed Muhammad Kadhim Yazdi, 1337h, al-'Urwat al-wuthqâ, Qom, Dâr al-tafsir, 1419h.

Références

  1. Tahrir al-Ahkâm, vol. 1, p. 253
  2. Nahj al-Fasâha, vol.1, p. 461
  3. Sourate Nahl,verset: 48 "أَ وَ لَمْ یرَوْا إِلی ما خَلَقَ اللَّهُ مِنْ شَیءٍ یتَفَیؤُا ظِلالُهُ عَنِ الْیمینِ وَ الشَّمائِلِ سُجَّداً لِلَّهِ وَ هُمْ داخِرُونَ"
  4. A ce propos, par exemple on lit dans les conseils aux pratiques pieuses de la grande mosquée de Kûfa : "اَنْتَ الّذی سَجَدَ لک شُعاع الشّمس", qui signifie : "Tu es Dieu devant Qui le rayon de soleil se prosterne"
  5. al-Hadâ'iq al-Nâdhira, vol.8, p.290
  6. Jawâhir al-Kalâm, vol. 10, pp. 168-169
  7. Jawâhir la-Kalâm, vol.1, pp. 169-189
  8. al-Urwat al-Wuthqâ, vol. 2, p.573-575
  9. al-Urwat al-Wuthqâ, vol. 2, p.584-585
  10. Jawâhir al-Kalâm, vol. 8, pp. 411-412
  11. Jawâhir al-Kalâm, vol. 8, pp. 412
  12. Musnad al-'Urwa (Salât), vol. 2, pp. 191
  13. al-Fiqh Islâmi wa Addalatahû, vol. 1, p. 731
  14. Jawâhir al-Kalâm, vol. 8, pp. 430-432
  15. al-'Urwat al-Wuthqâ, vol. 2, pp. 394-395
  16. Voici le hadith concernant, attribué à l'Imam Sâdiq: عن محمدبن علی بن الحسین قال: قال الصادق علیه‌السلام: السُّجُودُ عَلَی طِینِ قَبْرِ الْحُسَینِ ع- ینَوِّرُ إِلَی الْأَرَضِینَ السَّبْعَةِ وَ مَنْ کانَتْ مَعَهُ سُبْحَةٌ مِنْ طِینِ قَبْرِ الْحُسَینِ ع کتِبَ مُسَبِّحاً وَ إِنْ لَمْ یسَبِّحْ بِهَا, in  : Wasâ'il al-Shi'a, vol.5, p. 366
  17. Voici le hadith à propos de à l'Imam Sâdiq à ce propos : مُحَمَّدُ بْنُ الْحَسَنِ فِی الْمِصْبَاحِ بِإِسْنَادِهِ عَنْ مُعَاوِیةَ بْنِ عَمَّارٍ قَالَ: کانَ لِأَبِی عَبْدِ اللَّهِ ع خَرِیطَةُ دِیبَاجٍ صَفْرَاءُ فِیهَا تُرْبَةُ أَبِی عَبْدِ اللَّهِ ع فَکانَ إِذَا حَضَرَتْهُ الصَّلَاةُ صَبَّهُ عَلَی سَجَّادَتِهِ وَ سَجَدَ عَلَیهِ ثُمَّ قَالَ ع إِنَّ السُّجُودَ عَلَی تُرْبَةِ أَبِی عَبْدِ اللَّهِ ع- یخْرِقُ الْحُجُبَ السَّبْعَ, in : Wasâ'il al-Shi'a, vol.5, p. 366
  18. Voici le hadith concernant, attribué à l'Imam Sâdiq: کان الصادق علیه‌السلام لایسجد الاّ علی تراب من تربة الحسین علیه‌السلام تذلیلاً لله تعالی و استکانه الیه, in  : Ishâd al-Qulûb, vol.1, p. 511
  19. Ihtihâj, vol.2, p.489
  20. 'Urwat al-Wuthqâ' , vol. 2, p. 587