Taqîyya

De Wiki Shia
Aller à : navigation, rechercher

La Taqîyya (en arabe:التَّقِيَّة) est un terme religieux et vient de la racine: W.Q.Y qui signifie: S’abstenir et cacher. Dans les sources islamiques la Taqîyya est le fait de dissimuler la vérité afin d’éviter toute réaction hostile, en se manifestant tout à fait d’accord avec les gens qui l’entourent.
La « dissimulation pieuse », le « mensonge pieux » et la « tromperie pieuse ou religieuse » sont considérés en français comme équivalents du terme la « Taqîyya ». En fait, ce n'est pas une sorte de tromperie, c'est plutôt un acte pour se protéger de tout danger.
D’après Cheikh al-Mufîd, la Taqîyya est le fait de dissimuler la vérité devant les opposants afin d’éviter tout préjudice. La Taqîyya est tout à fait en contradiction avec l’hypocrisie (an-Nîfaq). Car l’hypocrisie en islam n’est que cacher le faux et le polythéisme en se manifestant un bon croyant. Tandis que la Taqîyya est le fait de s’abstenir de manifester la vérité afin de se protéger contre le danger des opposants. Les preuves coraniques, les hadiths et les arguments rationnels la démontrent et l’autorisent. Pendant les premiers siècles de l’hégire, dans les discussions juridiques et théologiques, on parlait beaucoup de ce sujet. Car d’une part, les savants imamites, ont écrit des ouvrages sous le nom de « la Taqîyya »; d’autre part, certaines écoles islamiques l’autorisaient également. Selon quelques narrations, durant l’époque de Mihna à l’époque de Ma’moun Abbasside, certains savants sunnites qui, contrairement aux Mu’tazilites, ne croyaient pas à la création du Coran, donc ils furent obligés de cacher leur croyance de peur de Ma’moun. Donc on peut compter cette histoire comme un référent da la Taqiyya. Parmi les écoles islamiques, les chiites sont plus réputés de s’engager à faire la Taqîyya. Cela pourrait être pour la pression et les persécutions des califes sur eux. Certains écrivains sunnites croient que cette croyance est un défaut des chiites, mais les oulémas chiites leur ont répondu.

Définition

Lexicographie

Le mot « Taqîyya » vient de la racine : W.Q.Y qui signifie : protéger et cacher.[1]

Terminologie

Les définitions de l’expression de la Taqîyya, se rapportent également à cette racine.

  • D’après Cheikh al-Mufîd : « La Taqîyya » veut dire : « Cacher la vérité en s’abstenant de manifester qu’on y croit devant les opposants dont on a peur l’agression ».[2]
  • Selon at-Tabarsi : « La Taqîyya » signifie : Manifester ce qu’on n’y croit pas, de peur d’un danger de mort ».[3]
  • Cheikh al-Ansârî dit : «  La Taqîyya est le fait de se protéger contre tout préjudice en se mettant d’accord avec les autres dans une parole ou un acte ».[4]

Différence entre la Taqîyya et le Nifâq (l’hypocrisie)

Dans les deux, une personne dissimule sa foi. Dans la Taqîyya on dissimule la vérité et la croyance alors que dans le Nifâq (l’hypocrisie) on cache le polythéisme et on manifeste la croyance.[5]

Les raisons de l’autorisation de la Taqîyya

Voici quelques preuves du Coran et des hadiths qui prouvent la licéité de la Taqiyya:

Les preuves coraniques

Le mot « Taqîyya » ne s’est pas employé dans le Coran. Mais ses dérivés et son concept y sont mentionnés.

Premier verset :

« Que les croyants ne prennent pas d’incroyants pour alliés à la place de croyants. Qui agit ainsi, n’a plus part à Dieu, à moins que vous ne vouliez éviter quelque danger de leur part. Dieu vous avertit de Le craindre. L’avenir n’aboutit qu’à Dieu ».[6] Les exégètes chiites[7] et sunnites[8] disent que selon ce verset, un croyant ne doit pas obéir à un mécréant. Mais s’il ressent un danger de leur part qui le menace, il lui est autorisé de cacher sa croyance pour éviter toute réaction hostile.

Deuxième verset :

« Quiconque renie Dieu après avoir cru en Lui, non celui qui renie par contrainte et dont l’âme reste sûre de sa foi, mais ceux qui ouvrent deliberement leur cœur à la mecreance, à eux la colère de Dieu et le grand tourment ».[9]

Ce verset fut révélé à propos de Ammâr Yasir qui, sous la contrainte, renia ce qu’il avait dans le cœur pour échapper aux persécutions et le Prophète (s) affirma son acte.[10]

Troisième verset :

« Un homme, un croyant de la famille de Pharaon qui celait sa foi, s’écria : « Tuerez-vous un homme parce qu’il dit : « Mon Seigneur est Allah » Cet homme est venu à vous avec les Preuves de votre Seigneur ».[11]
Dans ce verset, Allah parle d’un « Croyant » de la famille de Pharaon qui cachait sa foi. Ceci démontre que même si il celait sa foi, il était un croyant.[12]

Il y a encore d’autres versets qui parlent du moment de la crainte et de la pression où on peut faire ce qu’il n’était pas autorisé auparavant. Comme :

Les preuves dans les hadiths

Il y a plusieurs hadiths qui prouvent que la Taqîyya est licite.[13] Selon un hadith, la Taqîyya fait partie des meilleurs comportements des croyants et sans la Taqîyya, notre religion ne sera pas parfaite.[14] En plus, il y a plusieurs hadiths dans des différents domaines qui peuvent établir que la Taqîyya est licite :[15]

  • Les hadiths qui disent que dans certains états particuliers, la Taqîyya est permise et parfois elle devient obligatoire.
  • Les hadiths qui disent que sous la contrainte, la Taqîyya est autorisée.
  • Les hadiths qui disent qu’en cas de nécessité ou la contrainte, Allah ne nous oblige pas à faire les préceptes primaires (Dans ce cas-là, on doit faire ce qui exige l’état de la contrainte, pour se protéger de tout danger, par exemple manger de cadavre afin de protéger lui-même).

deux histoires à propos de la Taqiyya

Il est rapporté qu’après l’immigration du Prophète (s) à Médine, certains Muhadjirun lui demandèrent la permission pour aller à la Mecque, et pour dire des paroles contre leur foi, sous la contrainte des polythéistes de la Mecque. Le Prophète (s) leur permit.[16] Il y a également plusieurs narrations rapportées par les compagnons du Prophète (s) (comme: Ibn Abbâs[17], Ibn Mas’ûd[18], Jabir b. Abd Allah al-Ansârî[19] et Hudayfa b. Yamân[20]) et leurs suivants (Tabi’ûne) (comme: Abu Ad-Dardâ’[21] et Saïd b. Musayyib[22]), qu’ils faisaient la Taqîyya. Par éxemple il est rapporté que ibn Mas'ûd et Hudayfa b. Yamân se présentèrent chez Uthman, ce dernier dit à Hudayfa : il m'est parvenu que tu dis tant et tant. Hudayfa dit : par Dieu je n'en dis pas. Quand Uthmân sorti, Ibn Mas'ûd lui dit : tu ne dis pas comme ça?! Il dit : si, mais j'achète une partie de ma religion par une autre en craignant de perdre toute.[23] A part les versets coraniques et les hadiths ci-dessus, certains savants chiites et sunnites voient l’unanimité des oulémas concernant l’autorisation de la Taqîyya, comme une preuve importante.[24]

La Taqîyya dans la communauté islamique

Les versets ci-dessus parlent de la Taqîyya parmi les polythéistes et les mécréants. Mais selon les jurisconsultes et les exégètes, ils comprennent également la Taqîyya dans une communauté musulmane. Par exemple parmi les oulémas sunnites, Chafi’î autorise la Taqîyya dans une communauté islamique, pour se protéger.[25]

Les raisons pour lesquelles la Taqîyya est illustre parmi les chiites

Il y a deux opinions principales concernant ce sujet :

  1. Certaines croyances ésotériques dans le chiisme exigent la Taqîyya.
  2. L’état perturbé de la société et les menaces qui empêchaient les chiites de manifester leurs croyances, exigeaient la Taqîyya. D’après les preuves historiques, les chiites étaient toujours sous la contrainte dans les aspects politiques, culturels, sociaux et religieux. Après le traité de paix de l’Imam Hasan (a), Mu’âwiya demanda à ses partisans de persécuter les chiites et insulter l’Imam Ali (a) en chaire.[26] A l’époque des Abbassides, les califes se comportèrent de la même manière avec les chiites. Mutawakkil emprisonnait et tuait les chiites. Il détruisit le mausolée de l’Imam Husayn (a) et empêcha les gens de le visiter. Il tua abominablement Ibn Sikkît, parce que celui-ci déclara son amour envers l’Imam Hasan (a) et l’Imam Husayn (a).[27] De ce fait, les Ahl al-Bayt (a) virent que sans la Taqîyya, la communauté chiite aurait été anéantie. Par exemple, Ali b. Yaqtîn, était un partisan de l’Imam Kadhim (a) et il fit la Taqiyya par ordre de l'Imam (a), il fut quand même le ministre de Haroun al-Rachid.[28]

La Taqîyya dans l'ordre des préceptes juridiques

Selon la division des préceptes islamiques, la Taqîyya a quatre sortes :[29]

La Taqîyya obligatoire (Wâjib)

Sous la contrainte, de façon qu’on ait peur de perdre la vie ou la crédibilité par rapport à soi-même ou ses proches, la Taqîyya devient obligatoire.[30]

La Taqîyya conseillée (Mustahab)

Selon Cheikh al-Ansârî, la Taqîyya est conseillée au moment où on veut garder la relation avec les autres musulmanes des écoles différentes, en rendant visite à leurs malades, en participant à leurs cérémonies, en faisant la prière dans leurs mosquées etc.[31]

La Taqîyya licite (Mubâh)

D’après Cheikh al-Mufîd, si on a peur de perdre nos biens, il est permis de faire la Taqîyya.[32]

Dans les sortes, ci-dessus, si on fait un acte d'adoration en état de la Taqîyya, il n’est pas obligatoire de le rattraper après être sorti de cet état.[33]

La Taqîyya illicite (Harâm)

Dans les préceptes principaux qui sont très importants et que si on les néglige, il ne restera rien de l’islam et également quand la Taqiyya aboutit à répandre le sang, par exemple obliger qqn à tuer une personne, dans ces manières la Taqîyya est interdite. .[34]

Références

  1. Ibn Mandhûr, Lîsân al-'Arabe, v 15 p 401-402
  2. Cheikh al-Mufîd, Tas'hih al-I'tiqâdât Imâmiyya, p 137
  3. Tabarsi, Majma' al-Bayân, v 2 p 729
  4. Cheikh al-Ansârî, at-Taqîyya, p 37
  5. Fadhil Mighdâd, al-Lawâmi' al-'Ilâhiyya fil Mabâhith al-Kalâmiyya, p 377
  6. Âl-'Imrân, v 28
  7. Tûsi, at-Tibyân, au-dessous de ce verset.
  8. Zamakhshârî, Kashâf; Rûh al-Ma'âni, Alûsi, au-dessous de ce verset.
  9. An-Nahl, v 106
  10. Zamakhshârî, Kashâf, au-dessous de ce verset.
  11. al-Ghâfir, v 28
  12. Tûsi, at-Tibyân; Tabarsi, Majma' al-Bayân, au-dessous de ce verset.
  13. Wasâ'il as-Shia, v 16 Bab 24 et v 16 Bab 29 de Abwâb al-Amr wa an-nahy
  14. Kulaynî, al-Kâfî, v 2 p 217-221
  15. Wasâ'il al-Shia, v 16 p 214; al-Kâfi, v 2 p 221 et v 5 p 280; Musnad Ahmad b. Hanbal, v 1 p 313.
  16. as-Sîrat al-Halabîyya, v 2 p 51
  17. Ibn Hajar, Fat'h al-Bârî, v 12 p 279
  18. Ibn Hazm, al-Muhallâ, v 8 p 336
  19. Sarakhsî, al-Mabsût, v 24 p 47
  20. San'ânî, al-Musannaf, v 6 p 474
  21. Sahîh al-Bukhârî, v 7 p 102
  22. Amînî, al-Ghadîr, v 1 p 380
  23. Al-musannaf, Ibn Abî Shayba, v 7 p 643
  24. al-muhaqqiq al-Karakî, Rasâil, v 2 p 51; Al-Qurtubî, Al-Jâmi' li'ahkâm al-Qur'ân, au-dessous du verset 28 de la sourate 'Âl-'Imrân
  25. Fakhr Ar-Râzî, At-Tafsîr al-Kabîr, au-dessous du verset 28 de la sourate 'Âl-'Imrân, v 8 p 14; Subhânî, al-Insâf, v 2 p 330
  26. Ibn Abi al-Hadîd, Sharh Nahj al-Balâgha, v 11 p 43-46
  27. At-Tarîkh at-Tabarî, v 9 p 185
  28. Al-Kashif al-Ghitâ', Asl al-Shia wa Usûluhâ, p 315
  29. As-Shahîd al-Awwal, al-Qawâ'id wa al-Fawâ'id, Qism 2 p 157-158
  30. Cheikh al-Mufîd, Awâ'il al-Maqâlât, p 135; Wasâ'il ash-Shia, v 16 p 214; Khumaynî, ar-Rasâ'il, v 2 p 176
  31. Cheikh al-Ansârî, At-Taqîyya, p 39
  32. Cheikh al-Mufîd, Awâ'il al-Maqâlât, p 135.
  33. Cheikh al-Ansârî, at-Taqîyya, p 43
  34. Khumaynî, al-Makâsib al-Muharrama, v 2 p 225