Sum‘a
Sum‘a (en arabe : السُّمْعَةُ) consiste à faire connaître ses bonnes actions aux autres, une attitude qui s’apparente au concept général d’ostentation (ar-Rîyâ’). Comme pour ar-Rîyâ’, l'absence d'intention sincère pour Dieu dans as-Sum‘a rend l’acte invalide. Les hadiths religieux promettent l’enfer à ceux qui adoptent ce comportement et mettent en garde les croyants, en particulier les chiites, contre cette attitude.
Définition
As-Sum‘a est défini comme l’acte de faire savoir à autrui une bonne action que l’on a réalisée, rejoignant ainsi la notion générale d’ostentation (ar-Rîyâ’) dans son sens élargi.[1]
Différence entre ar-Rîyâ’ et as-Sum‘a
Ar-Rîyâ’ dérive du mot Ru’yat (vision) et désigne l’action de montrer une bonne œuvre. As-Sum‘a, issu du mot as-Sam‘ (ouïe), désigne l’acte de parler de ses bonnes actions pour que d’autres en entendent parler. Ces deux attitudes sont moralement et spirituellement condamnables en raison de leur motivation non divine et de l’absence d’intention pure dans la chemin de Dieu. En conséquence, elles invalident l’acte accompli.[2]
Dans son ouvrage Akhlâq Dar Qur'ân (Éthique dans le Coran), Makârim Shîrâzî précise plusieurs nuances concernant ces comportements : Si une personne accomplit une action avec l’intention sincère d’obtenir la proximité divine (al-Qurbat), mais ressent de la joie lorsque d’autres en prennent connaissance et la louent, cette réaction n’annule pas l’acte. Si une personne réalise une action avec sincérité mais décide ensuite de la mentionner pour acquérir du prestige ou une position, ce comportement, appelé « ostentation après l’action » (ar-Rîyâ’ ba‘d al-‘Amal), n'invalide pas l'acte initial mais diminue grandement sa valeur morale et spirituelle. Ce comportement reste éthiquement répréhensible et conduit à une dégradation morale.[3]
Condamnation d'as-Sum‘a
Les Imams chiites (a) ont présenté as-Sum‘a comme une caractéristique néfaste qui nuit à la morale et à la validité des actes cultuels. Selon les jurisconsultes chiites, as-Sum‘a invalide les actes de dévotion, car il est incompatible avec l’intention sincère (Qurbatan ila Allah).[4]
Dans un hadith rapporté du Prophète Muhammad (s), il est dit :
- « Celui qui récite le Coran avec l’intention d’as-Sum‘a et recherche les biens de ce monde rencontrera Dieu au Jour du Jugement dans un état où son visage sera dépourvu de chair, et le Coran sera frappé contre sa nuque avant qu’il soit jeté dans le feu de l’enfer. »[5]
Dans un hadith de l’Imam as-Sâdiq (a), il est rapporté :
Dans une invocation de l’Imam ar-Ridâ (a) pour la période de l'occultation de l’Imam al-Mahdi (aj), il est demandé :
- « [Seigneur], rends nos actions exemptes de tout doute, ostentation (ar-Rîyâ’) et as-Sum‘a, afin que nous atteignions un état où nous ne désirons rien d'autre que Toi et ne recherchons que Ton visage. »[7]
De même, dans une suuplication de l’Imam as-Sajjâd (a) pour le mois de Ramadan, on trouve cette supplication :
- « Ô Dieu, purifie toutes nos actions de l’ostentation et d’as-Sum‘a, rends-les sincèrement dédiées à Toi, de sorte que nous n’associons personne à Toi et ne recherchions rien d’autre que Toi dans nos œuvres. »[8]
Enfin, dans un autre hadith de l’Imam as-Sâdiq (a), il est rapporté :
- « Celui qui visite l’Imam al-Hussayn (a) sans aucune ostentation (ar-Rîyâ’) ni as-Sum‘a, ses péchés seront effacés comme un vêtement souillé est nettoyé par l’eau. »[9]
Voir aussi
Références
- ↑ Ibn Manzûr, Lisân al-‘Arab, vol. 8, p. 162, 1411 H ; Al-Farâhîdî, Al-‘Ayn, vol. 1, p. 349, 1410 H.
- ↑ Makârim Shîrâzî, Akhlâq dar Qur’ân, vol. 1, p. 297, 1377 SH.
- ↑ Makârim Shîrâzî, Akhlâq dar Qur’ân, vol. 1, p. 297, 1377 SH.
- ↑ Tabâtabâ’î Yazdî, Al-‘Urwa al-Wuthqâ, vol. 1, p. 411, 1423 H.
- ↑ Thawâb al-A‘mâl, p. 286, 1409 H : «Man qara’a al-Qur’ân yurîdu bihi sum‘a wa at-tamâs ad-dunyâ, laqiya Allâha yawm al-qiyâma wa wajhuhu ‘azîm laysa ‘alayhi lahm wa zaja al-Qur’ân fî qafâhu hattâ yudkhilahu an-nâr».
- ↑ Wasâ’il ash-Shî‘a, vol. 6, p. 184, 1406 H : «Man ta‘allama al-Qur’ân yurîdu bihi riyâ’an wa sum‘atan... lam yakun fî an-nâr ashaddu ‘adhâban minhu».
- ↑ Muhaddith Qummî, Mafâtîh al-Jinân, du‘â barayi Imâm Zamân (‘a), p. 895, 1376 SH, après Du‘âyi ‘Ahd : «Aj‘al dhâlika minnâ khâlisan min kulli shakkin wa shubhatin wa riyâ’in wa sum‘atin hattâ lâ nurîda bihi ghayraka wa lâ natluba bihi illâ wajhaka».
- ↑ As-Sahîfa as-Sajjâdîya, du‘â 44 : «Thumma khallis dhâlika kullahu min riyâ’ al-murâ’în wa sum‘at al-musmi‘în lâ nashraka fîhi ahadan dûnaka wa lâ nabtaghî fîhi murâdan siwâka...».
- ↑ Ibn Qûlawayh, Kâmil az-Ziyârât, p. 144, 1365 SH.
Bibliographie
- Al-Farâhîdî, Khalîl b. Ahmad, Al-‘Ayn, Beyrouth, Manshûrât Dâr al-Hijra, 1410 H.
- Cheikh As-Sadûq (Ibn Bâbawayh), Muhammad b. Ali, Thawâb al-A‘mâl wa ‘Iqâb al-A‘mâl, Qom, Sharîf Radî, 1406 H.
- Hurr al-‘Âmilî, Muhammad b. Hasan, Wasâ’il ash-Shî‘a ilâ Tahsîl Masâ’il ash-Sharî‘a, Qom, Mu’assasa Âl al-Bayt, 1409 H.
- Ibn Manzûr, Muhammad b. Mukarram, Lisân al-‘Arab, Beyrouth, Dâr Ihyâ’ at-Turâth al-‘Arabî, 1411 H.
- Ibn Qûlawayh, Ja‘far b. Muhammad, Kâmil az-Ziyârât, Nadjaf, Dâr al-Murtadâ, 1365 SH.
- Makârim Shîrâzî, Nâsir, Akhlâq dar Qur’ân, Qom, Madrasa Imâm Ali b. Abî Tâlib (‘a), 1377 SH.
- Muhaddith Qummî, cheikh ‘Abbâs, Mafâtîh al-Jinân, Qom, Intishârâti Thaqalayn, 1376 SH.
- Tabâtabâ’î Yazdî, Sayyid Muhammad Kâzim, Al-‘Urwa al-Wuthqâ, Beyrouth, Mu’assasa al-A‘lamî li’l-Matbû‘ât, 1423 H.