Brouillon:Rupture de promesse
Rupture de promesse ou manquement à une promesse (en arabe : نقض العهد) désigne le fait de ne pas tenir une promesse ; un comportement qui est réprouvé dans le Coran et les hadiths. Ce concept s’oppose à la fidélité à l’engagement et se distingue de la violation des pactes formels. Selon les enseignements islamiques, Allah ne manque jamais à Sa promesse, et les Ahl al-Bayt (a) considéraient le respect de la promesse comme une obligation morale. Dans les hadiths prophétiques, le fait de ne pas tenir ses promesses est compté parmi les signes de l’hypocrisie.
Les jurisconsultes précisent que si une personne a, dès le départ, l’intention de ne pas tenir sa promesse, un tel comportement constitue un mensonge et devient alors interdit.
Importance
Les chercheurs chiites en fiqh et en éthique se sont penchés sur la question du rupture de promesse.[1] Dans les versets du Coran et les hadiths des Ahl al-Bayt (a), le croyant véritable est présenté comme celui qui reste fidèle à ses promesses et ne manque pas à sa parole.[2] Cheikh al-Kulaynî, le spécialiste chiite de hadith du IIIe et IVe siècles de l’hégire, a consacré dans son ouvrage « al-Kâfî » un chapitre spécifique au thème du rupture de promesse et du manquement à la promesse.[3]
Dans un hadith rapporté du Prophète Muhammad (s), il avait dit :
- « Que celui qui croit en Dieu et au Jour dernier tienne sa promesse lorsqu’il promet. »[4]
Et le non-respect de celle-ci est compté parmi les signes de l’hypocrisie. Al-Muhaqqiq an-Narâqî, le savant chiite du XIIe et XIIIe siècles de l’hégire, estime que ce hadith vise la personne qui, dès le début, n’avait pas l’intention de tenir sa promesse ou qui n’y manque sans excuse valable.[5]
Dans un autre hadith rapporté de l’Imam as-Sâdiq (s), la promesse faite par un croyant à un autre croyant est assimilée à un vœu obligatoire, sans expiration ; y manquer est présenté comme une désobéissance à Dieu, entraînant la colère divine, et comme une application du verset deux et trois de la sourate as-Saff.[Note 1][6] De même, l’Imam Ali (a), dans sa lettre à Mâlik al-Ashtar, le met en garde contre le manquement à la promesse, qu’il considère comme une cause de la colère de Dieu et des gens, en s’appuyant sur le verset 3 de la sourate as-Saff.[7]
Sens du concept
Le rupture de promesse ou le manquement à une promesse désigne le fait de ne pas rester fidèle à un engagement qu’une personne a assumé unilatéralement et volontairement envers autrui, et de s’abstenir de l’accomplir.[8] Le manquement à la promesse s’oppose à la fidélité à l’engagement.[9]
Différence avec la violation d’un pacte
Selon les chercheurs, la violation du pacte renvoie au non-respect d’un contrat formel, tandis que le rupture de promesse et le manquement à la promesse concerne le non-respect d’un engagement non contractuel.[10]
Impossibilité du rupture de promesse divine
D’après l’unanimité des musulmans, Dieu ne manque jamais à Sa promesse. Les mu‘tazilites estiment que, de même que Dieu est fidèle à Ses promesses, Il l’est également à Ses menaces, et considèrent tout manquement à celles-ci comme impossible.[11] La promesse divine renvoie à l’annonce d’une récompense, tandis que la menace divine désigne l’avertissement d’un châtiment.
Selon les versets 31 de la sourate ar-Ra‘d et 6 de la sourate ar-Rûm, les promesses de Dieu ne connaissent jamais de manquement et se réalisent inévitablement. ‘Allâma Tabâtabâ’î, l’exégète chiite du Coran du XXe siècle, considère que le manquement à une promesse résulte d’une faiblesse de la volonté, du savoir ou du pouvoir, ou encore d’un état de contrainte ; or, puisque Dieu est exempt de toute imperfection et de toute nécessité, il juge impossible que le manquement à la promesse puisse Lui être attribué.[12]
Dans le verset 22 de la sourate Ibrâhîm, une scène du Jour de la Résurrection est décrite dans laquelle Satan reconnaît avoir manqué à ses promesses faites dans le monde d’ici-bas et déclare que la promesse divines est vérité.[13] Selon un hadith rapporté de l’Imam ar-Ridâ (a), les Ahl al-Bayt (a) considéraient leurs promesses comme obligatoires à respecter, de la même manière que le faisait le Messager de Dieu Muhammad (s).[14]
Préceptes de fiqh du rupture de promesse
Selon l’avis majoritaire des jurisconsultes chiites, le rupture de promesse et le manquement à la promesse est fortement déconseillé (al-Makrûh).[15] Toutefois, si une personne, dès le départ et au moment de formuler la promesse, n’avait pas l’intention de l’honorer, ils considèrent son acte comme interdit[16] et le tiennent pour un cas de mensonge et de tromperie.[17]
L’Ayatolah Mazâhirî, l’un des Marja‘ chiite du XXIe siècle, a classé le manquement à la promesse en cinq catégories et n’en considère qu’un seul type comme licite. Il juge interdit le non-respect des contrats et des clauses obligatoires, ainsi que des promesses dont la violation entraîne un préjudice financier, une atteinte à l’honneur ou une perte de temps pour autrui.[18] De même, lorsque la promesse est conditionnée à une clause qui ne s’est pas encore réalisée, ou lorsqu’il existe une excuse légitime telle que l’oubli ou le consentement de la personne concernée, le manquement à la promesse est permis.[19]
Par contre, lorsqu’une promesse porte sur l’accomplissement d’un acte interdit, comme le paiement d’intérêts usuraires ou la pratique du jeu de hasard, agir conformément à cette promesse est également interdit.[20]
Rupture de promesse dans l’éthique
Du point de vue éthique et social, la rupture de promesse est considérée comme répréhensible,[21] et celui qui ne tient pas sa parole mérite le blâme.[22] Dans le livre éthique « Jâmi‘ as-Sa‘âdât », écrit par al-Muhaqqiq an-Narâqî le juriste chiite du XIIe et XIIIe siècle de l’hégire, il est recommandé, afin de prévenir les effets négatifs du manquement à la promesse, d’éviter de formuler des engagements catégoriques lors d’une promesse et de la conditionner plutôt à la volonté de Dieu ou à d’autres circonstances.[23]
Note
- ↑ Croyants ! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas ? ; C’est un grand vice devant Dieu que vous disiez ce que vous ne faites pas. (Coran 61 : 2 et 3
Références
- ↑ Muhammadîyân, «Javâzi Khulfi Va‘dih dar Tarâzûyi Fiqh va Akhlâq», p. 26.
- ↑ Mâzâhirî, Tawzîh al-Masâ’il, p. 408, 1389 SH.
- ↑ Cheikh al-Kulaynî, Al-Kâfî, vol. 2, p. 363, 1407 H.
- ↑ Cheikh al-Kulaynî, Al-Kâfî, vol. 2, p. 363, 1407 H.
- ↑ An-Narâqî, Jâmi‘ as-Sa‘âdât, Mu’assasat al-A‘lamî li al-Matbû‘ât, vol. 2, p. 342.
- ↑ Cheikh al-Kulaynî, Al-Kâfî, vol. 2, p. 363, 1407 H.
- ↑ Sayyid Ar-Radî, Nahj al-Balâgha (Subhî Sâlih), p. 444, 1414 H.
- ↑ Al-Ansârî, Al-Mawsû‘a al-Fiqhîyya al-Muyassara, vol. 13, pp. 584–585, 1415 H ; Makârim Shîrâzî, Akhlâq dar Qur’ân, vol. 3, p. 262, 1377 SH.
- ↑ Mâzâhirî, Tawzîh al-Masâ’il, p. 408, 1389 SH.
- ↑ Ghazanfarî, Akhlâq dar Qur’ân va Sunnat hâvîyi Sad Niktihyi Akhlâqî, vol. 2, p. 193, 1392 SH.
- ↑ Mutahharî, Majmû‘iyi Âthâr, vol. 3, p. 75, 1376 SH.
- ↑ Tabâtabâ’î, Al-Mîzân, vol. 16, p. 156, 1352 SH.
- ↑ Mutahharî, Majmû‘iyi Âthâr, vol. 4, p. 276, 1376 SH.
- ↑ Ibn Shubah Al-Harrânî, Tuhaf al-‘Uqûl, p. 446, 1404 H.
- ↑ Khu’î, Minhâj as-Sâlihîn, vol. 1, p. 10, 1410 H ; Muhammadîyân, «Javâzi Khulfi Va‘dih dar Tarâzûyi Fiqh va Akhlâq», p. 30.
- ↑ Muhammadîyân, «Javâzi Khulfi Va‘dih dar Tarâzûyi Fiqh va Akhlâq», p. 31.
- ↑ Zanjânî, Kitâb an-Nikâh, vol. 18, p. 5916, 1419 H.
- ↑ Mâzâhirî, Tawzîh al-Masâ’il, pp. 408–409, 1389 SH.
- ↑ «خلف وعده یا بدقولی» (Rupture de promesse), site officiel d’information d’Ayatollah Sîstânî.
- ↑ «خلف وعده یا بدقولی» (Rupture de promesse), site officiel d’information d’Ayatollah Sîstânî.
- ↑ Shubayrî, Kitâb an-Nikâh, vol. 4, p. 1124, 1383 SH.
- ↑ Muhammadîyân, «Javâzi Khulfi Va‘dih dar Tarâzûyi Fiqh va Akhlâq», p. 36.
- ↑ An-Narâqî, Jâmi‘ as-Sa‘âdât, Mu’assasat al-A‘lamî li al-Matbû‘ât, vol. 2, p. 342.
Bibliographie
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