La bataille de Siffîn

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La bataille de Siffîn (معركة صِفِّين), se déroula entre l’Imam Ali (a) et Mu’âwiya pendant le mois de Safar en l’an 37H/ 657 et dans un endroit nommé Siffîn. Ce fut à cette occasion que Mu’âwiya et ses partisans furent appelés Qasitîn (Injustes). Au cours de la bataille et lorsque Mu’âwiya sentit qu’ils allaient être vaincus, il ordonna de mettre les Corans sur les lances pour dissuader les partisans de l’Imam Ali (a) de continuer le combat. En choisissant deux arbitres pour les réconcilier, la bataille n’aboutit pas.
Ammar et Khuzayma, deux grands compagnons du Prophète (s) qui faisaient partie de l’armée de l’Imam, furent tués lors de cette bataille.

La cause de la bataille

Les premiers mouvements pour cette bataille se produisirent dès que l’Imam Ali (a) devint calife. L'Imam Ali voulait désigner Abd Allah b. Abbas comme le calife de Cham, il écrivit alors une lettre à Mu’âwiya en lui demandant de venir à Médine avec les nobles de la ville de Cham. Aussi, il mentionna dans cette lettre que les gens ont tué ‘Uthman sans consultation avec lui, et qu’ensuite, c'est selon le consensus de la communauté islamique il a été élu comme calife.
Dans une lettre à Mu’âwiya, l’Imam écrivit:

« L'allégeance avec moi est une allégeance générale et concerne tous les musulmans y compris les gens qui étaient présents lors de l'allégeance à Médine, mais aussi les gens de Bassora, de Cham et les gens des autres villes. Imagines-tu qu’en m'accusant de l'assassinat de 'Uthman, tu pourras échapper à cette allégeance? Tout le monde est conscient du fait que ce n’est pas moi qui l’ai tué ; et [après tout] la vengeance de la mort de 'Uthman revient plutôt à ses héritiers qu'à toi. En plus [tant qu’il était en vie], c’était toi-même qui t’opposais à lui et lorsqu’il t’a demandé le secours, tu ne l’as pas aidé jusqu’à ce qu’il soit tué ».[1]

Mu’âwiya ne répondit pas à cette lettre.[2] Après la bataille de Jamal, l’Imam resta à Kufa et essaya de convaincre Mu’âwiya de lui obéir. Mais après avoir été convaincu que Mu’âwiya ne lui fera pas l'allégeance, il fit un discours et invita les gens de Kufa à le combattre.[3]

Rassemblement des soldats

Dans une lettre, l’Imam Ali (a) demanda à Abd Allah b. Abbas d’inviter les gens de Bassora à combattre Mu’âwiya. De ce fait, plusieurs hommes de Bassora joignirent l’Imam, avec Abd Allah b. Abbas. Il envoya aussi une lettre à l’émir de Isphahan, Mikhnaf b. Sulaym et l’invita à le joindre.[4]

Certaines femmes de Kufa aussi furent présentes dans cette bataille qui, en récitant des poésies, encourageaient les hommes de leurs tribus à combattre Mu’âwiya. Parmi elles, on peut citer:

  • Sudah la fille de Ammâra Al-Hamdani
  • Umm Sanân[5]
  • Zarqâ’ la fille de ‘Uday Al-Hamdani[6]
  • Umm Al-Khayr
  • Jarwah la fille de Murrat b. Ghalib Al-Tamimi.[7]

Parmi les partisans de Mu’âwiya, on peut citer les suivant:

  • ‘Amr b. ‘Âs (qui était en Palestine, mais Mu’âwiya lui demanda de le rejoindre pour consulter avec lui dans cette bataille)[8]
  • ‘Ubayd Allah b. ‘Umar
  • Abd Al-Rahman b. Khâlid b. Walid
  • Abd Allah b. ‘Amr b. ‘Âs
  • Marwan b. Hakam
  • Mu’âwiya b. Hudayj
  • Dhahhak b. Qays
  • Basr b. Artat
  • Shurahbil b. Samt Kindi
  • Habib b. Muslimah[9]

Début de la bataille

L’armée de l’Imam Ali (a) se confronta avec celle de Mu’âwiya à la frontière de Rome (au nord de l’Irak et de la Syrie actuels). L’Imam avait envoyé Malik Al-Ashtar et lui avait ordonné de ne pas commencer le combat. Dès que Malik y arriva, l’armée de Mu’âwiya commença le combat mais après peu de temps elle recula.[10]

Lorsque le mois de Muharram arriva, on fut censé d’arrêter le combat pendant ce mois.[11] Les deux camps continuaient à négocier, alors que la condition principale de Mu’âwiya fut venger la mort de ‘Uthman par l'assassinat de ‘Ammar, ‘Uday b. Hatam, Malik et d’autres gens qui y avaient participé.

Le premier jour du mois de Safar, un fort combat se déroula. Chaque jour, un commandeur de l’armée de l’Imam, prenait le drapeau et commençait le combat. Le premier jour, ce fut Malik qui prit le drapeau, le deuxième jour Hashim b. ‘Utba, le troisième jour Ammar Yassîr, le quatrième jour Mohammed Hanafiyya et le cinquième jour Abd Allah b. Abbas.[12]

Le blocus de l’Euphrate

L’armée de Mu’âwiya ferma tous les chemins vers l’Euphrate pour empêcher l’armée de l’Imam d’avoir accès à l’eau. L’Imam (a) appela Musayyîb b. Rabi’ Riyahi et Sa’sa’a b. Sawhan et leur dit:

« Allez auprès de Mu’âwiya et dites-lui: « Tes partisans nous empêchent de prendre de l’eau. Si nous étions à votre place nous ne le ferions jamais et nous ne nous comportions pas comme ce que vous avez fait. Enlevez le blocus pour que tout le monde puisse en profiter. Sinon on va se battre pour l’eau et quiconque peut prendre de l’eau, gagnera le combat ».[13]

Au cours de la conversation de Mu’âwiya avec les envoyés de l’Imam Ali (a), Mu’âwiya se fâcha et dit:

« Ali ne pourra jamais prendre de cette eau. Que Dieu me prive de l’eau du bassin de Kawthar, si je permets Ali de boire de l’Euphrate. Sauf si il prend l’Euphrate par force ».[14]

Enfin, les soldats de l’Imam (a) réussirent de briser le blocus et conquérir l'Euphrate. Cependant, l’Imam Ali (a) ordonna de ne pas empêcher les soldats de Mu’âwiya de prendre de l’eau.[15]

La nuit d’Al-Harir

La nuit d’Al-Harir (ليلة الهَرير) fut une nuit pénible. Les deux armées firent le combat durant cette nuit et plusieurs personnes furent tuées. Mînqâri (Nasr b. Muzahim) a dit:

« Dans la nuit, les soldats commencèrent la bataille, en jetant des lances et des pierres l’un sur l’autre. Ensuite, ils commencèrent leur attaque par leurs épées. A ce moment-là, on n’entendait que le bruit des lances et des épées. Le bruit qui effrayait les hommes plus que les tonnerres ».[16]

Ibn Miskéwayh a décrit cette nuit de cette façon:

« Durant cette nuit, ils combattirent d’une telle façon que les lances furent cassées et qu’ils prirent leurs épées pour continuer la bataille ».[17]

La fin de cette nuit, lorsque les soldats de l’Imam (a) allaient mettre fin au combat et vaincre l’armée de Mu’âwiya, Ash’âth se tint debout parmi les gens de la tribu Kînd, fit un discours et proposa de ne plus couler le sang des innocents et d’arrêter le combat.[18]

La ruse de Mu’âwiya

L’armée de Mu’âwiya allait être vaincue par les attaques de Malik Ashtar. Mu’âwiya consulta avec Amr b. ‘Âs.[19] Ce dernier proposa de mettre le Coran sur les lances. Les soldats le firent en s’écriant:

« Ô peuple d’Irak! Il faut que l’Arbitre entre vous et nous soit le Coran ».

D’après une autre narration, les soldats de Cham s’écriaient:

« Ô arabes! Pensez à vos femmes et vos filles. Si on vous tue, qui combattra alors contre les romains, les turcs et les perses ».[20]

La réaction de l’armée de l’Imam Ali (a)

Les soldats de l’armée de l’Imam (a) lui demandèrent d’accepter la proposition de Mu’âwiya. Ash’âth qui faisait partie de l’armée de l’Imam, ne cessait d’inviter les gens à accepter la paix. Mais Malik Al-Ashtar qui pensait qu’il fallait continuer le combat, ne disait rien et attendait la réponse de l’Imam Ali (a).[21]

L’Imam Ali (a) se tint debout et dit:

« Un jour j’étais votre commandeur mais maintenant on dirait que je suis obligé d’accepter votre opinion. Vous désirez être à l’aise et je ne peux pas vous obliger à ce qui ne vous plaît pas ».[22]

L’Arbitrage

Amr b. ‘Âs réussit de faire la discorde parmi les soldats de l’Imam Ali (a). L’Imam Ali (a) leur annonça plusieurs fois que ce n’est qu’une ruse pour les désolidariser. Mais à la fin, il fut obligé de l'accepter. Il envoya une lettre à Mu’âwiya et dit: « Bien que je sache que tu ne suis pas le Coran, j’accepte l’Arbitrage ».[23] L’armée de Mu’âwiya choisit Amr b. ‘Âs mais dans l’armée de l’Imam Ali (a) il eut une divergence. L’Imam Ali (a) proposa Malik Al-Ashtar ou Abd Allah b. Abbas mais Ash’âth b. Qays et ses suivants qui étaient dans l’armée de l’Imam, n’acceptaient que Abou Musâ Al-Ash’ari.[24] Alors, Amr b. ‘Âs et Abou Mousâ Al-Ash’âri se mirent d’accord sur le fait de ne plus considérer l’Imam Ali (a) et Mu’âwiya comme des califes et de confier la responsabilité d’élire un calife, aux conseillers.
Ils vinrent alors devant tout le monde pour annoncer la conclusion. Abu Musâ Al-Ash’âri annonça qu’il ne considère plus l’Imam Ali (a) comme calife. Amr b. ‘Âs le confirma mais au lieu de dire la même chose concernant Mu’âwiya, confirma la parole de Abu Musâ et élut Mu’âwiya comme le calife. A ce moment-là, tous les deux, se mirent à se disputer et s’insulter.[25]

La fin de la bataille

Par la ruse de Amr b. ‘Âs, Mu’âwiya réussit d’échapper à la défaite. A partir de là, l’Imam Ali (a) fit tout son possible pour rassembler à nouveau une armée mais les gens de Kufa et Hejaz ne lui furent plus soumis. En plus, ce fut le moment où un groupe appelé les Khawarij se séparèrent de l’Imam à Kufa et se préparaient pour combattre contre l’Imam (La Bataille de Nahrawân).

Le nombre des victimes

D’après une narration, 45 mille soldats de l’armée de Mu’âwiya et 25 mille de l’armée de l’Imam furent tués.[26] Parmi les martyrs de l’armée de l’Imam (a), il y eut 25 compagnons qui avaient participé à la bataille de Badr à côté du Prophète (a), y compris:[27]

  1. Ammar Yasir
  2. Khuzayma Dhou Al-Shahadatayn
  3. Hashim b. ‘Utba
  4. Suhayl b. ‘Amr Al-Ansari
  5. Abd Allah b. Ka’b Al-Murâdi
  6. Abu Hazim Al-Bajali
  7. Ya’la b. ‘Umayya

Les monographies concernant la bataille de Siffîn

  1. Kîtab Siffîn de Jabir b. Yazid Al-Ju’fî
  2. Kîtab Siffîn de Aban b. Taghlîb
  3. Kîtab Siffîn de Abu Mîkhnaf
  4. Kîtab Siffîn de Mohammad b. ‘Amr Al-Waqîdî
  5. Kîtab Siffîn de Nasr b. Muzahim Al-Minqari
  6. Kîtab Siffîn de Hîsham Al-Kalbi
  7. Kîtab Siffîn de Îshaq b. Bîshr
  8. Kîtab Siffîn de Abu Îshaq Îsmaël b. Îssâ Al-‘Âttar
  9. Kîtab Siffîn de Abd Allah b. Mohammad b. Abi Shayba
  10. Kîtab Siffîn de Yahya b. Sulayman Ju’fî
  11. Kîtab Siffîn de Îbrahim b. Mohammad b. Saïd Al-Thaqafi
  12. Kîtab Siffîn de Mohammad b. Zakariyya b. Dinar
  13. Kîtab Siffîn de Mundhir b. Mohammad b. Mundhir b. Saïd Qabousi
  14. Kîtab Siffîn de Abd Al-‘Aziz b. Yahya b. Ahmad Al-Jaloudi
  15. Kîtab Siffîn de Abou Abd Allah Hussayn b. Mohammad b. Ahmad Halwanî
  16. Kîtab Siffîn de Îbrahim b. Hussayn Hamdani[28]

Voir aussi

Références

  1. Sharh Nahj Al-Balagha, Ibn Abi Al-Hadid, v 3 p 89
  2. Ansab Al-Ashrâf, v 2 p 211
  3. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 2 p 375
  4. Waq'at Siffîn, Ibn Muzahim, p 115
  5. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 2 p 101
  6. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 3 p 142
  7. Akhbar Al-Wafidat min Al-Nissa', Ibn Bakar, p 36
  8. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 2 p 382
  9. Waq'at Siffîn, p 195, 429, 455, 461 et 552; 'Usd Al-Ghaba, Ibn Athir, v 3 p 426
  10. Tarikh Khulafa, Ja'farian, p 276
  11. Waq'at Siffîn, Ibn Muzahim, p 196
  12. Ansab Al-Ashrâf, v 2 p 305
  13. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 3 p 5-6
  14. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 3 p 7
  15. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 3 p 12-13
  16. Waq'at Siffîn, Ibn Muzahim, p 475; Tadhkira Al-Khawass, p 92
  17. Tajarib Al-'Umam, v 1 p 535
  18. Waq'at Siffîn, Ibn Muzahim, p 480-481
  19. Sharh Nahj Al-Balagha, Ibn Abi Al-Hadid, v 2 p 210
  20. Waq'at Siffîn, p 478
  21. Waq'at Siffîn, p 483-484
  22. Waq'at Siffîn, p 484
  23. Waq'at Siffîn, p 490
  24. Al-Fotouh, Ibn A'tham, v 4 p 197-198
  25. Waq'at Siffîn, Ibn Muzahim, p 545
  26. Waq'ât Siffîn, Ibn Muzahim, p 475 et 558
  27. Tadhkirat Al-Khawass, Ibn Jawzi, v 5 p 120
  28. Manabi' Kitab Waq'ât Siffîn, Ja'farian